|
Les cancers ORL sont
essentiellement les cancers des voies
aérodigestives supérieures (VADS)
développés aux dépens de la
cavité buccale,
du pharynx, du larynx et des cavités nasosinusiennes.
Ils
représentent environ 15 % de la totalité des
cancers
chez l'homme, 2 % chez la femme. La cause de leur
installation est
inconnue mais il existe des facteurs
épidémiologiques classiques. Le pronostic
est lié au diagnostic précoce. Ce dernier
dépend de la sagacité du médecin
généraliste qui saura évoquer le
cancer devant tout symptôme d'appel des VADS
et de la région cervicale, surtout si ce symptôme
est fixe, unilatéral et
persiste plus de trois semaines. Parmi les cancers des VADS, on peut
d'emblée
opposer 2 groupes qui sont différents par leur
épidémiologie et leur
histologie.
A.
Les
cancers de la cavité buccale, de
l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx
Ils frappent
essentiellement l'homme (95 % des cas), leur
maximum de fréquence se situe entre 45 et 70 ans. Ils sont
dus essentiellement
à l'association de deux substances
cancérigènes : tabac et
alcool. Pour les cancers du larynx (glotte et
sous-glotte), le tabac est prédominant.
L‘infection à papillomavirus est
fortement suspectée d’être
liée à l’émergence de
certains cancers de
l’oropharynx.
A l'histologie il
s’agit le plus souvent de carcinome
épidermoïde plus ou moins
différencié. Ils s'accompagnent souvent
d'adénopathies sauf pour le cancer
glottique. Les métastases hématogènes
(pulmonaires, hépatiques, osseuses,
cérébrales) sont classiquement peu
fréquentes.
Il faut toujours
rechercher un cancer associé : synchrone
(surtout cancer de l'œsophage, du poumon ou autre cancer des
VADS), mais aussi
secondaire ou métachrone (plus de 20 % des patients feront
un deuxième cancer
des VADS et 10% un cancer bronchique). C'est dire
l'intérêt du bilan
pré-thérapeutique, et du suivi post
thérapeutique.
B.
Les
cancers rhinosinusiens et les cancers du rhinopharynx
- Le
cancer de l'ethmoïde est un cancer dû aux poussières de bois. C'est une
maladie professionnelle reconnue (tableau N° 47 des maladies
professionnelles) pour les travailleurs du bois, dont le
délai maximum de prise en charge est de 30 ans
après l’exposition. Là encore, les
sujets de sexe masculin de plus de 50 ans sont les plus
touchés. Il s'agit d'adénocarcinomes.
- Le
cancer du rhinopharynx atteint le plus souvent des sujets
d’Asie du Sud- Est ou Nord-Africains. Il est dû
à un facteur viral : le virus
d'Epstein-Barr. Il s'agit d'un carcinome
indifférencié (UCNT : Undifferentiated
Carcinoma of Nasopharyngeal Type).
Le traitement fait appel à toutes les techniques oncologiques isolées
ou le plus souvent
associées, après décision
d’un comité
multidisciplinaire (associant chirurgiens, oncologues et
radiothérapeutes)
:
- Chirurgie
d'exérèse
- Agents
physiques : radiothérapie externes,
curiethérapie. La dose cumulée est de 65
à 75 Grays délivrée le plus souvent en
6 semaines environ
- Chimiothérapie
: Cisplatine, 5 Fluoro-Uracile essentiellement.
La décision
thérapeutique est prise au cas par cas, lors
des comités pluridisciplinaires et conformément
aux données de la science.
A.
Signes
d’appel
Toute douleur, ulcération
persistante, trouble de la voix
ou de la déglutition chez un patient qui présente
des facteurs de risque
alcoolo-tabagique doit alerter et inciter à faire un examen
clinique minutieux
à la recherche d’une ulcération ou
d’une tumeur bourgeonnante. Au moindre doute
un examen sous anesthésie générale (endoscopie)
avec biopsie doit être programmé.
Outre
les signes spécifiques à chaque localisation, les
cancers des
VADS peuvent ne se manifester au
début que par une adénopathie
cervicale.
Le bilan d'un patient porteur d'une
adénopathie cervicale
requiert donc un examen ORL et une panendoscopie : si ces examens sont
normaux,
dans la plupart des cas une cervicotomie
exploratrice s'impose, permettant de retirer
l'adénopathie en entier, sans
effraction capsulaire (biopsie proscrite), afin de réaliser
un examen
histologique extemporané.
S’il s’agit
d’un carcinome épidermoïde, un curage
ganglionnaire doit être réalisé dans le
même temps opératoire, associé, en
l’absence de primitif, à une amygdalectomie
homolatérale à visée histologique
(localisation fréquente de microcarcinomes).
B.
Extension
locale : Examen clinique et endoscopique
L’examen
clinique ORL doit
être
complet et soigneux avec inspection endo-buccale et
oropharyngée, laryngoscopie
indirecte complétée par un examen fibroscopique
pharyngo-laryngé (souple),
rhinoscopie, cavoscopie et palpation du plancher buccal, de la langue
mobile et
de la base de langue.
Si la lésion est
accessible, des biopsies peuvent déjà
être
réalisées à ce stade.
- Panendoscopie
des voies aérodigestives supérieures au tube
rigide systématique, sous anesthésie
générale avec cavoscopie, laryngoscopie,
hypopharyngoscopie, œsophagoscopie et bronchoscopie. Elle
précise le siège exact et la mensuration de la
tumeur, permet des biopsies, et recherche des localisations synchrones.
La palpation est systématique.
- Tomodensitométrie
cervicale avec injection de produit de contraste : Coupes
étagées de la base du crâne aux
clavicules, éventuellement étendues au massif
facial si nécessaire. Dans le même temps sont
réalisées des coupes thoraciques afin de
dépister une éventuelle lésion
associée et pour éliminer des
métastases à ce niveau.
et pour étudier le médiastin en particulier pour les
cancers de l’œsophage ou étendus
à la région sous-glottique
- IRM :
Pour les tumeurs du rhinopharynx surtout, et pour les tumeurs de la
cavité buccale ou de l’oropharynx (afin
d’évaluer, l’extension d’une
tumeur de la base de langue par exemple).
C.
Extension
régionale
- Examen
clinique : Palpation des aires ganglionnaires du cou
à la recherche d’adénopathies.
- Tomodensitométrie
cervicale avec injection de produit de contraste : A la
recherche d’adénopathies infra cliniques.
D.
Extension
générale
- Recherche
de métastases viscérales
- Radiographie
pulmonaire de face et de profil, avec TDM thoracique et fibroscopie
bronchique en cas d’anomalie.
- Bilan
biologique hépatique et échographie
hépatique en cas d’anomalie
- Recherche
de métastases osseuses et cérébrales
en cas de signes cliniques d’appel (radiographies osseuses
centrées, scintigraphie osseuse, TDM
cérébrale)
- Au terme de ce bilan le stade TNM est
établi
- Recherche
de localisations tumorales synchrones
·
Panendoscopie des
voies aérodigestives supérieures au tube rigide
systématique, sous anesthésie
générale
·
Fibroscopie
oeso-gastrique (souple) sauf en cas de carcinome du rhinopharynx ou des
sinus
·
Anticorps anti-EBV
dans les carcinomes du rhinopharynx (et les carcinomes
indifférenciés de
l’oropharynx)
E.
ETAT
GENERAL
- Cardio-vasculaire,
pulmonaire, rénal, hépatique, nutritionnel
- Bilan
pré-anesthésique
- Evaluation
de la dépendance alcoolique et tabagique
- Bilan stomatologique : il doit
être réalisé avant toute irradiation de
ces territoires. Il faut impérativement extraire les dents
malades qui sont dans le champ d’irradiations et assurer la
protection des dents saines au moyen de gouttières de
fluoration, et ceci à vie. Il faut donc obtenir la
participation du sujet. L’hyposialie post-radique et la non
observance de cette prescription entraîne
systématiquement des caries multiples, un
déchaussement majeur des dents, dont la complication la plus
redoutable est l’ostéoradionécrose
mandibulaire (le plus fréquemment) ou maxillaire, de
traitement difficile.
A.
Surveillance
Un cancer traité doit
être suivi régulièrement par le
thérapeute ORL et radiothérapeute qui ont
traité le patient initialement,
pendant au moins 5 ans afin de
dépister au plus tôt une reprise
évolutive ou une récidive accessible à
un
traitement conservateur, un autre cancer synchrone ou
métachrone, ou encore des
métastases viscérales.
Modalités :
- Examen
général et ORL, aidé par une
fibroscopie pharyngo
laryngée si besoin, tous les 2 mois la 1ère année,
tous les 3 mois la 2ème
et 3ème
année, tous les 6 mois la 4ème et 5ème année,
puis tous les ans ensuite, à vie (cancer
métachrones)
- Radiographie
pulmonaire (face et profil) tous les ans
- Dosage
de la TSH après irradiation cervicale ou
thyroïdectomie partielle à chaque contrôle
- Panendoscopie
des voies aérodigestives supérieures au tube
rigide sous anesthésie générale,
fibroscopie oesophagienne, TDM thoracique, échographie
hépatique ou scintigraphie osseuse en cas de signes
d’appel
- Souvent
une TDM de référence et une panendoscopie des
voies aérodigestives supérieures au tube rigide
sous anesthésie générale sont
réalisées vers 6 mois après la fin du
traitement
- Dans
le cas particulier du cancer du rhinopharynx, la TDM +/- IRM doit
être réalisée tous les 6 mois pendant 2
ans, puis 1 fois par an jusqu’à 5 ans.
B.
Evolution
L'évolution peut
être émaillée d'incidents et accidents
dus
à une récidive ou aux suites de la
thérapeutique, plus particulièrement de la
radiothérapie.
Une dyspnée
(récidive ou œdème post-radique) peut
nécessiter une trachéotomie, une dysphagie la
mise en place d'une dérivation
alimentaire (sonde naso-gastrique, gastrotomie,
jéjunostomie).
Une
ostéoradionécrose mandibulaire imposera souvent
une
intervention d'exérèse.
Une hémorragie des gros
vaisseaux du cou est une
éventualité non exceptionnelle par
radionécrose ou récidive de la tumeur. Elle
est le plus souvent cataclysmique mais quelquefois accessible au
traitement
chirurgical (ligature carotidienne) ou à
l’embolisation de branches de la
carotide externe.
Elle est fondée sur
l'information et l'éducation de la
population : la suppression du tabac et une consommation
modérée de boissons
alcoolisées réduirait des 2/3 le nombre de
cancers des VADS. L'amélioration de
l'écologie des ateliers de menuiserie est
également un facteur fondamental.
A.
Signes
d'appel
- Leucoplasie (plaque blanche plus ou
moins granuleuse visible sur la muqueuse) inquiétant le
patient ou découverte par le dentiste
- Certaines
lésions muqueuses chroniques, susceptibles de
dégénérer (lichen
plan) qui imposent un suivi attentif
- Ulcérations paraissant
d’origine dentaire, rebelles aux soins
- Glossodynies, gêne buccale,
douleur, dysarthrie,
très rarement otalgie
- Hypersialorrhée et dysphagie sont plus tardives
- Adénopathie sous-
mentonnière ou sous- maxillaire dure plus ou moins
fixée de découverte parfois fortuite.
B.
Examen
clinique : observation et surtout palpation
- Stade
de début : une leucoplasie ou leucokératose doit
faire craindre un cancer surtout s'il existe une induration,
- Stade
confirmé : ulcération ou bourgeonnement et
surtout induration avec saignement au contact, trouble de la
mobilité linguale.
- La
palpation des aires ganglionnaires est systématique.
C.
Diagnostic
La biopsie affirme le diagnostic. Il
s'agit le plus souvent
d'un carcinome épidermoïde plus ou moins
différencié.
D.
Traitement
Le traitement est le plus souvent
radio-chirurgical :
exérèse large de la lésion
associée à un curage ganglionnaire et une
irradiation complémentaire avec dose totale maximale de 65
à 75 Grays.
La curiethérapie
interstitielle peut être proposée pour des
tumeurs de petite taille à distance de la gencive.
A.
Cancer
de l'amygdale
Il est fréquent (15 % des
cancers ORL). Il s'agit
essentiellement de carcinomes (85 à 90 %). Les lymphomes
malins se voient dans
10 à 15 % des cas du fait de la richesse de cet organe en
formations
lymphoïdes.
1)
Carcinomes
a)
Les
signes d'appel
Ils peuvent égarer :
- Discrets,
à type de gêne pharyngée
unilatérale apparaissant à la
déglutition,
- Trompeurs
lorsqu'il s'agit d'une otalgie.
Ces signes persistants doivent attirer
l'attention chez un
homme de la cinquantaine alcoolo-tabagique.
- Adénopathie
sous-angulo-maxillaire, dure et plus ou moins fixée, le plus
souvent indolore et découverte fortuitement par le malade,
pouvant être isolée.
b)
Examen
clinique
Il comprend l'inspection et la
palpation qui doivent être
systématiques :
Tantôt il montrera
à l'évidence, au niveau de la loge
amygdalienne, une tumeur bourgeonnante ulcérée
avec infiltration profonde,
saignant au contact, indurée au toucher
Ailleurs, le diagnostic est beaucoup
moins évident : tumeur
de petite dimension, cachée derrière le pilier
antérieur, au fond d'un récessus
amygdalien ou atteignant le sillon amygdaloglosse ; un aspect
granité au niveau
du pôle supérieur de l'amygdale est de diagnostic
encore plus difficile.
La tumeur ne sera reconnue
qu'à la palpation : induration
localisée souvent douloureuse.
c)
Diagnostic
La biopsie, facile à ce
niveau, affirme le diagnostic et la
forme histologique de la tumeur.
d)
Le
traitement
Toujours discuté au sein
d’un comité multidisciplinaire, associe
le plus souvent une chirurgie d'exérèse
(buccopharyngectomie avec évidement
ganglionnaire cervical uni ou bilatéral) suivie d'une
radiothérapie.
e)
Le
pronostic
Il reste sévère
en dépit des progrès thérapeutiques :
lié
aux récidives loco-régionales ou
générales. Ceci impose une surveillance
rigoureuse (tous les 3 mois pendant 2 ans, puis tous les 6 mois pendant
5 ans).
2)
Lymphomes
malins
Les lymphomes malins non hodgkiniens
de l'amygdale
représentent 50 % des lymphomes malins des VADS. Les
localisations oropharyngées
des autres lymphomes malins (Hodgkin, plasmocytomes...) sont
très rares.
Les lymphomes malins non hodgkiniens
se voient à tout âge,
avec un maximum de fréquence vers 60 ans. La
prédominance masculine, bien que
nette, n'est pas aussi caricaturale que dans les carcinomes.
L'influence des
facteurs locaux n'est pas évidente.
a)
Les
signes d'appel
Hypertrophie unilatérale
d'une amygdale, quelquefois
d'aspect pseudophlegmoneux, avec gêne pharyngée et
voix étouffée, mais aussi
adénopathie cervicale révélatrice ou
concomitante, ferme, mobile, ou
polyadénopathies.
b)
Le
diagnostic
Il est histologique sur la biopsie de
la tumeur
amygdalienne ou d’un ganglion (de
préférence sur un tissu non fixé pour
étude
cytogénétique).
c)
Un
bilan général s'impose confié
à l'hématologiste
- Clinique
(autres ganglions, foie, rate)
- Radiologique
: TDM du thorax et de l'abdomen, échographie
hépatique. Il permet de classer l'affection en stades :
- I
envahissement limité aux VADS
- II
envahissement ganglionnaire sus-diaphragmatique
- III
envahissement ganglionnaire sous-diaphragmatique
- IV
envahissement disséminé
- Hématologique
(NFS, myélogramme, biopsie osseuse)
- Immunologique
d)
Le
traitement
Il fait appel à la
polychimiothérapie complétée
éventuellement par la radiothérapie suivant des
modalités variables.
Le pronostic dépend du
stade. Dans les formes localisées la
survie à 5 ans est de 40 à 50 %.
B.
Cancer
du voile du palais
Il s’agit en
règle générale d’un
carcinome épidermoïde.
L'alcoolo-tabagisme, les
lésions leucoplasiques sont des
facteurs favorisants.
1)
Les
signes d'appel
Ils se manifestent par une dysphagie
haute, une otalgie
réflexe unilatérale, une ou des
adénopathies cervicales dures plus ou moins
fixées, présentes dans la moitié des
cas, souvent bilatérales.
2)
Examen
clinique :
L’ulcération
indurée du voile mou est de diagnostic facile,
en revanche certains aspects sont trompeurs :
érythème diffus d’aspect
framboisé ou au contraire dépoli.
3)
Diagnostic
:
Il est fait par la biopsie.
4)
Le
traitement
Est avant tout la
radiothérapie, intéressant la tumeur et
les aires ganglionnaires avec surimpression par une irradiation
à haute
énergie, la dose totale étant de 70 à
75 Grays après mise en état dentaire.
La chirurgie, très
mutilante, ne peut s'adresser qu'aux
petites tumeurs ou en rattrapage après échec de
la radiothérapie. Le curage
ganglionnaire bilatéral est systématique.
Beaucoup plus rarement, il peut s'agir
d'une tumeur
épithéliale, d'origine salivaire, comme le
carcinome adénoïde kystique
(cylindrome) de pronostic réservé du fait de
récidives et de métastases,
essentiellement pulmonaires
C.
Cancer
de la base de langue
Il s'agit en règle
générale d'un carcinome
épidermoïde bien
différencié, infiltrant et lymphophile, de haute
gravité.
Le lymphome malin non hodgkinien est
également possible à
ce niveau (amygdale linguale), mais très rare.
1)
Les
signes d'appel
Ils se manifestent par une dysphagie
haute et une otalgie
réflexe, une dysarthrie ou par une adénopathie
cervicale très fréquente,
souvent bilatérale.
2)
Examen
clinique
Le diagnostic est souvent fait
tardivement par le
praticien, pourtant il est facile : il suffit de demander au patient de
tirer
la langue et de palper la base de langue. Il se manifeste par une
déviation
homolatérale à la tumeur, lors de la protraction
de la langue et une induration
de la base de langue en arrière du V lingual, à
la palpation.
3)
Diagnostic
Il est affirmé par la
biopsie effectuée en laryngoscopie
indirecte ou en laryngoscopie directe.
4)
Le
traitement
Il fait appel à la
radio-chimiothérapie, parfois associée
à
une chirurgie très mutilante ; l'ablation de la base de
langue même partielle
entraîne des troubles de la déglutition qui
peuvent être majeurs et nécessiter
une laryngectomie totale de nécessité.
5)
Le
pronostic
Il est très sombre du fait
de l'évolution insidieuse
(retard au diagnostic), de l'infiltration diffuse dans le muscle
lingual, de la
lymphophilie bilatérale.
Points clés
Les cancers de
l'oropharynx se manifestent essentiellement par une dysphagie haute,
une
otalgie unilatérale et une adénopathie cervicale.
Leur diagnostic
de présomption est en général
aisé pour le praticien par l'examen clinique
attentif de la cavité buccale et du cou.
La palpation est
un geste clinique essentiel.
Fréquent et de pronostic
grave du fait de son évolution
insidieuse et de son caractère lymphophile, le cancer de
l'hypopharynx est
presque toujours un carcinome épidermoïde bien
différencié du sinus piriforme.
L'épidémiologie
répond aux règles générales
des cancers ORL
:
- Age
: 50 à 60 ans,
- Sexe
: masculin prépondérance (95 % des cas)
A.
Les
signes d'appel sont classiques :
- gêne
pharyngée latéralisée puis dysphagie
haute progressive,
- otalgie
réflexe unilatérale,
- adénopathie
cervicale moyenne unilatérale, de caractère
métastatique ou quelquefois surinfectée,
révélatrice dans le tiers des cas.
Les caractères permanent,
progressif et unilatéral de ces
troubles doivent attirer l'attention.
Plus rarement, et lorsque la tumeur
est volumineuse,
peuvent s'installer en outre une dysphonie, une dyspnée
laryngée par
envahissement laryngé ou récurrentiel, une
altération de l'état
général avec
amaigrissement.
B.
L'examen
clinique
L'examen de l'hypopharynx ne pourra
que rarement être
réalisé par le praticien
généraliste : laryngoscopie indirecte au miroir,
laryngofibroscopie.
Il nécessite en effet chez un malade souvent
hyperréflectique, nauséeux, une
grande habitude et un matériel adéquat.
Il faut donc adresser le malade
rapidement à l'ORL qui
constatera la tumeur ulcéro-bourgeonnante du sinus
piriforme, associée le plus
souvent à une immobilité laryngée
unilatérale.
C.
Le
diagnostic
Sera affirmé par la biopsie
qui indiquera la nature maligne
de la tumeur : carcinome épidermoïde.
D.
Le
traitement
La chimiothérapie
néo-adjuvante peut être utilisée dans
un
but de préservation d’organe afin
d’éviter une laryngectomie totale. En cas de
régression tumorale importante la radiothérapie
est proposée.
En cas d’absence de
régression tumorale après
chimiothérapie le traitement est chirurgical :
pharyngolaryngectomie totale
avec évidement ganglionnaire bilatéral en
monobloc ayant comme conséquence un
trachéostome et une mutilation vocale.
Il est toujours
complété par une radiothérapie ou une
chimio radiothérapie concomitante.
E.
Le
pronostic
Reste grave malgré les
progrès thérapeutiques : 20 % de
survie à 5 ans.
Les récidives locales ou
ganglionnaires, l'apparition d'une
deuxième localisation ou d'une métastase
générale grèvent en effet lourdement
la survie dans les trois premières années.
Points clés
Toute gêne
pharyngée
ou otalgie réflexe unilatérale apparue depuis
quelques semaines chez un homme
de la cinquantaine doit être tenue pour suspecte d'un cancer
du sinus piriforme
et doit être adressée sans retard au
spécialiste ORL.
De fréquence
égale à celle du cancer de l'hypopharynx, le
cancer du larynx a cependant dans l'ensemble un meilleur pronostic car
peu
lymphophile dans sa forme localisée à
l'étage glottique.
A.
Cancer
de l'étage glottique
Le tabac est la cause
première de ce cancer à prédominance
masculine (90%). Il s'ajoute cependant un autre facteur local important
: la
laryngite chronique avec dysplasie (état
précancéreux), induite ou favorisée
par l'irritation tabagique et le malmenage vocal.
Tous les
intermédiaires sont possibles entre la dysplasie
grave, le cancer in situ et le cancer infiltrant ; cela rend
nécessaire la
surveillance attentive de toute laryngite chronique et son
contrôle
histologique.
Il s'agit la plupart du temps de
carcinomes épidermoïdes
différenciés.
1)
Les
signes d'appel
- La
dysphonie est le maître symptôme : elle est
précoce, progressive, permanente. Elle peut soit
être installée récemment, variable dans
la journée, soit se manifester par une modification d'une
dysphonie préexistante chez un fumeur porteur d'une
laryngite chronique : l'enrouement s'aggrave, ne cède pas au
traitement médical mais n'inquiète pas le
patient, ce qui assombrit le pronostic.
- La
dyspnée laryngée est beaucoup plus tardive.
- La
gêne pharyngée ou la dysphagie avec otalgie
s'observent dans les formes évoluées.
- L'adénopathie
cervicale est très rare, antérieure.
Point clé
Tout enrouement
apparu ou aggravé depuis plus de 8 jours commande un examen
laryngoscopique.
2)
Examen
clinique
Cet examen ne peut être fait
que par le spécialiste ORL.
Laryngoscopie indirecte au miroir ou nasofibroscopie permettant de
visualiser
la lésion tumorale glottique.
3)
Diagnostic
L'examen clinique est toujours
complété par une
laryngoscopie directe en suspension sous anesthésie
générale et microscope ou
optique. Cet examen permettra le bilan d'extension
locorégionale, de poser
l'indication thérapeutique, et une biopsie affirmera le
diagnostic.
Le bilan sera
complété par une TDM du larynx.
4)
Traitement
•
Simple
cordectomie ou radiothérapie externe pour un cancer de corde
vocale mobile. Le
pronostic est excellent : 95 % de survie à 5 ans.
•
Laryngectomie
partielle ou subtotale reconstructive, pour les cancers plus
étendus,
•
La chimiothérapie
néo-adjuvante peut être utilisée dans
un
but de préservation d’organe lorsque le traitement
chirurgical est une
laryngectomie totale. En cas de régression tumorale
importante la radiothérapie
est proposée. En cas d’absence de
régression tumorale après
chimiothérapie le
traitement est chirurgical :
•
Laryngectomie
totale pour des cancers évolués avec confection
d'un trachéostome définitif
entraînant une mutilation vocale (nécessitant un
apprentissage de voix
oesophagienne ou la mise en place d'une prothèse phonatoire).
Le
pronostic reste encore favorable dans ces deux dernières
éventualités (50 % de
survie à 5 ans).
B.
Cancer
sous-glottique
Il est très rare. Son
premier signe est la dyspnée
laryngée, malheureusement d’apparition tardive. Le
traitement est
radiochirurgical : laryngectomie totale suivie de
radiothérapie. Le pronostic
est peu favorable du fait de l'extension fréquente au corps
thyroïde, des
récidives au niveau trachéal ou de
l’envahissement médiastinal du fait de sa
lymphophilie (adénopathies récurrentielles).
C.
Cancer
sus-glottique (bande ventriculaire et épiglotte)
Il s'apparente plus aux cancers
hypopharyngés sur le plan
épidémiologique, thérapeutique et
pronostique. Les signes d'appel sont souvent
tardifs, moins évocateurs : gêne
pharyngée et dysphagie.
Le traitement est radiochirurgical :
laryngectomie totale
ou horizontale sus-glottique associée toujours à
un évidement ganglionnaire
cervical (lymphophilie de ces cancers), complétée
par une radiothérapie. Le
pronostic est variable entre 30 et 60% de survie à 5 ans.
Points clés
La dysphonie est
le maître symptôme du cancer des cordes vocales.
Les cancers de la
corde vocale sont peu lymphophiles.
Leur pronostic
est très souvent favorable lorsque le diagnostic est
précoce.
Dans ce cas, les
séquelles fonctionnelles post-chirurgicales sont mineures ou
acceptables.
Par sa topographie profonde
basi-crânienne peu accessible à
l'examen, et malgré une symptomatologie d'emprunt riche mais
trompeuse, ce
cancer reste de diagnostic tardif et de pronostic redoutable.
A.
Epidémiologie
Dans sa forme
d'épithélioma
indifférencié, la plus
fréquente, le cancer du rhinopharynx occupe au sein de la
pathologie tumorale
des VADS, une place originale liée à 4 facteurs
principaux :
•
Une distribution
géographique mondiale très
particulière, permettant de distinguer :
•
des zones à haut
risque (Asie du sud-est, Alaska),
•
des zones à risque
intermédiaire (pourtour méditerranéen,
notamment le Maghreb où il représente un
problème majeur de santé publique),
•
des zones à risque
faible (Europe, USA, Japon) où il ne représente
que 0,25 % des cancers et 3 %
des cancers des VADS.
•
Une répartition
à tous
les âges de la vie (non rare chez l'enfant et l'adolescent) ;
les femmes étant
atteintes dans 1/3 des cas.
•
L'absence de toute
liaison avec alcoolisme et tabagisme
•
L'existence constante
d'un facteur viral (virus d'Epstein-Barr) avec un profil
sérologique spécifique
(augmentation des taux d'anticorps anti-EBV) pouvant être
bénéfique dans la
détection précoce d'une récidive.
Cette recherche biologique peut être intéressante
à effectuer devant une adénopathie en apparence
primitive chez un sujet à haut
risque.
B.
Les
signes d'appel
Isolés, ils sont souvent
trompeurs. Il s'agit :
•
de
symptômes cervicaux :
adénopathie (50 à 90 % des cas) de topographie
haute et postérieure, rétromandibulaire
et sous-mastoïdienne, souvent bilatérale,
•
de
symptômes otologiques (25 % des cas) traduisant une
obstruction tubaire unilatérale :
hypoacousie de transmission, autophonie et bourdonnements, Toute otite
séreuse
unilatérale doit faire rechercher un cancer du cavum.
•
des
symptômes rhinologiques (20 % des cas) obstruction nasale et
épistaxis ou
rhinorrhée sérosanglante,
•
des
symptômes neurologiques (10 à 15 % des cas)
à type d'algies (névralgies du V ou du
IX, céphalées persistantes) ou de paralysies
oculomotrices.
Souvent (2/3 des cas) ces 4 syndromes
sont diversement
associés notamment adénopathie cervicale et
obstruction tubaire : le diagnostic
est alors aisé.
C.
Examen
clinique
L'examen du cavum par rhinoscopie
antérieure et postérieure
est facilité par l'emploi d'un fibroscope. La tumeur est
visualisée :
- sa
localisation est le plus souvent latérale ou
postéro-supérieure,
- son
aspect est ulcéro-bourgeonnant ou infiltrant.
L'examen otoscopique peut
révéler un aspect d'otite
séro-muqueuse unilatérale.
D.
Diagnostic
Il repose sur la biopsie qui
détermine le type
histopathologique :
- soit
carcinome dont le groupe majeur est représenté
par le carcinome indifférencié de type
nasopharyngé (U.C.N.T.), qui se distingue nettement des
autres carcinomes épidermoïde plus ou moins
différenciés,
- soit
lymphome, le plus souvent de type lymphome malin non hodgkiniens (10
à 20 % des cas).
E.
Bilan
d'extension
Il est essentiel pour la conduite
thérapeutique. Il est
fait en milieu spécialisé et doit rechercher :
- des
signes d'envahissement des structures voisines, notamment une atteinte
osseuse basicrânienne par les exa mens cliniques
(adénopathie, atteinte des paires crâniennes),
audiométriques et imagerie (TDM injectée et IRM),
- des
métastases principalement osseuse mais également
pulmonaire et hépatique.
F.
Le
diagnostic différentiel se pose avant la biopsie :
- végétations
adénoïdes hypertrophiques,
- polype
antro-choanal,
- fibrome
nasopharyngien de la puberté masculine,
- certaines
ulcérations spécifiques (tuberculose,
sarcoïdose), rares.
G.
Le
traitement des UCNT
Il relève essentiellement
de la radiothérapie difficile du
fait de la localisation anatomique profonde du site tumoral, et de la
nécessité
d'une irradiation large des aires ganglionnaires cervicales. Les doses
délivrées
sont de l'ordre de 65 à 70 Grays.
La chirurgie concerne uniquement
l'exérèse des reliquats
ganglionnaires persistant plus de 2 mois après la fin de
l'irradiation.
La chimiothérapie peut
être proposée :
- soit
à titre systématique associée
à l'irradiation en fonction du stade évolutif dans le but
d’améliorer le contrôle local
- soit
en cas de métastases avérées.
Le taux de survie globale se situe
autour de 40 % à 3 ans
et 30 % à 5 ans.
Les facteurs pronostiques essentiels
sont :
- Le
type histologique,
- Le
degré d'extension initial avec notamment
l'ostéolyse basicrânienne (très
péjorative).
Points clés
Le cancer du
cavum est surtout un carcinome indifférencié. Il
se voit à tout âge. Son
épidémiologie est originale.
Il faut penser au
cancer du rhinopharynx devant une adénopathie cervicale
isolée
Il faut penser au
cancer du rhinopharynx devant des symptômes naso-sinusiens,
otologiques
traînants progressifs et unilatéraux
Les cancers nasosinusiens sont rares.
La multiplicité
tissulaire de cette région explique leur grande
variété histologique où les
carcinomes occupent cependant la première place. Leur
diagnostic est difficile.
Ils sont peu lymphophiles.
A.
Cancer
de l'ethmoïde
1)
L'épidémiologie
Elle est particulière sur
le plan des facteurs
prédisposants :
- Pas
d'influence notable de l'intoxication alcoolo-tabagique contrairement
aux cancers bucco-pharyngo-laryngés,
- Importance
des facteurs exogènes d'origine professionnelle,
- profession
du bois : l'adénocarcinome ethmoïdal figure au
tableau 47 B des maladies professionnelles
- autres
substances : nickel (tableau N° 37 ter des maladies
professionnelles), nitrosamines, goudrons de houille, amiante...
2)
Les
signes d'appel
a)
Syndrome
nasal :
L'obstruction nasale
unilatérale est souvent accompagnée
d'une rhinorrhée mucopurulente, éventuellement
striée de sang.
L'épistaxis, le plus
souvent spontanée, unilatérale,
répétée, constitue le classique
"signal symptôme", survenant sans
cause locale ou générale évidentes.
b)
Syndrome
ophtalmologique :
Les signes ophtalmologiques sont
expliqués par les rapports
anatomiques étroits entre les cavités
nasosinusiennes et les parois supérieure,
interne et inférieure de l'orbite :
- oedème
de la paupière supérieure, dacryocystite
- exophtalmie
isolée
- ptôsis,
paralysie oculaire, diplopie
c)
Syndrome
neurologique :
Les douleurs, rares au
début, peuvent prendre l'allure
d'une véritable névralgie faciale symptomatique.
3)
Examen
clinique (assuré par le spécialiste)
La rhinoscopie antérieure
peut montrer une masse
bourgeonnante, hémorragique, ou un banal polype
réactionnel, unilatéral,
cachant une lésion plus haut située : polype
sentinelle.
L'examen de la cavité
buccale, de la face et de la région
orbito-oculaire : il peut visualiser une extension.
L'examen cervical, à la
recherche d'une adénopathie : très
rare.
Cet examen clinique est
complété par une endoscopie nasale
qui le plus souvent arrive à découvrir la tumeur
bourgeonnante dans le méat
moyen.
4)
Diagnostic
Le diagnostic est posé sur
la biopsie par les voies
naturelles, la plupart du temps sous contrôle endoscopique.
L'examen
histologique montrera :
- un
adénocarcinome le plus souvent,
- beaucoup
plus rarement une tumeur nerveuse de la plaque olfactive
(esthésioneuroblastome), une tumeur papillaire à
potentiel malin (papillome inversé), un mélanome.
Ces tumeurs sont sans rapport avec les facteurs de risque professionnel.
5)
Le
bilan d'extension
Est essentiellement
réalisé par la TDM du massif facial en
coupes coronales et horizontales permettant de préciser la
topographie de la
masse et l'extension aux régions voisines (face, orbite,
base du crâne et
endo-crâne), et l’IRM, visualisant l'extension
tumorale dans l'orbite ou dans
l'étage antérieur (lobe frontal).
6)
L'évolution
Est essentiellement
locorégionale, plus rarement
métastatique :
- locorégionale,
vers l'orbite ou l'endocrâne (de mauvais pronostic), la fosse
temporozygomatique et la fosse ptérygomaxillaire, les autres
sinus, la cavité buccale et la face,
- évolution
ganglionnaire, rare,
- évolution
métastatique dans 20 % des cas (poumon, os, cerveau).
7)
Le
traitement est radiochirurgical :
Exérèse large de
la tumeur par voie ORL seule ou par voie
combinée ORL et neurochirurgicale, associée dans
tous les cas à une
radiothérapie complémentaire sauf pour certaines
formes radiorésistances
(mélanome). La chimiothérapie a des indications
limitées : tumeurs très
étendues, récidives, certaines formes
histologiques.
8)
Résultats
Survie à 5 ans de 40
à 50 %.
B.
Cancer
du sinus maxillaire
Favorisé par une infection
naso-sinusienne chronique, il
apparaît essentiellement chez le sujet
âgé.
Il peut se manifester par :
- Un
début algique prédominant ou isolé :
douleurs dentaires à type de pulpite, névralgie
faciale localisée au nerf sous-orbitaire, avec
anesthésie à ce niveau, algie faciale de type
vasomotrice : il s'agit donc d'une névralgie
faciale symptomatique typique,
- Un
tableau de sinusite maxillaire aiguë ou chronique avec
rhinorrhée fétide et hémorragique,
- Des
signes bucco-dentaires : ulcération gingivale
hémorragique, bombement alvéolaire,
- Une
tuméfaction de la fosse canine et de la joue.
Il s'agit d'un carcinome
épidermoïde.
L'examen clinique, le bilan et le
traitement sont
similaires au cancer de l’ethmoïde. Le pronostic est
plus mauvais.
C.
Tumeur
de la cloison nasale
Elle peut prendre le masque d'une
folliculite ou d'une
rhinite vestibulaire traînantes.
D.
Tumeur
du
sphénoïde
Elle se manifeste volontiers au
début par des céphalées
profondes ou postérieures, des troubles ophtalmologiques y
sont fréquents
(proximité de l'apex orbitaire).
|