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Les
céphalées sont au sens large les douleurs
siégeant au
niveau de la tête, soit de localisation crânienne
(frontale haute, pariétale,
temporale, occipitale), soit de localisation faciale.
L’origine de la douleur
n’est pas toujours au niveau même de
l’expression douloureuse ; par
exemple, une douleur d’origine cervicale telle une
arnoldalgie peut se projeter
au niveau occipito-pariétal, une douleur d’origine
faciale comme une
sphénoïdite (le sphénoïde fait
partie de l’étage moyen de la face) peut se
projeter au niveau du vertex crânien. D’autre part,
les causes en sont
nombreuses, certaines comme les sinusites sont une cause trop souvent
avancée
par les patients eux-mêmes, d’autres comme les
algies vasculaires de la face,
restent sous diagnostiquées. On comprend donc que les
céphalées, symptôme
fréquemment rencontré en pratique
médicale, posent parfois de difficiles
problèmes diagnostiques et thérapeutiques.
L’interrogatoire et l’examen
clinique sont essentiels pour l’orientation diagnostique.
- Par
l’International Headache Society (2004).
- En
souligné sont les céphalées faisant
partie de la question.
A.
Céphalées
primitives
- Migraine avec ou sans aura (groupe 1)
- Céphalées
de tension (groupe 2)
- Algies vasculaires de la face et autres
céphalées trigéminales autonomiques (groupe 3)
- Autres
céphalées primitives :
céphalées non associées à
une lésion –céphalées
provoquées par le froid, la toux, l’effort,
l’activité sexuelle,
céphalées en « coup de
tonnerre » (groupe 4)
B.
Céphalées
secondaires
- Céphalées
post-traumatisme crânien ou cervicales (groupe 5)
- Céphalées
secondaires à une pathologie vasculaire telles une
hémorragie méningée, un
hématome intra-crânien, une malformation
vasculaire, douleur de la carotide ou de l’artère
vertébrale, hypertension artérielle
systémique, thrombose veineuse (groupe 6)
- Céphalées
secondaires à une pathologie intra-crânienne non
vasculaire telles une hypertension intra-crânienne, tumeur
cérébrale, encéphalite inflammatoire
(groupe 7)
- Céphalées
toxiques aigues ou chroniques par abus médicamenteux ou
sevrage (groupe 8)
- Céphalées
en rapport avec un processus infectieux
intra-crânien : méningite,
encéphalite, abcès, empyème, ou
extra-céphaliques, infections virales ou
bactériennes (groupe 9)
- Céphalées
secondaires à un trouble métabolique telles
qu’hypoxie, hypercapnie, hypoglycémie,
hypercalcémie, dialyse, jeune (groupe 10)
- Céphalées
associées à une douleur de la face (dentaire,
sinusienne, oculaire ou auriculaire) ou de la nuque (groupe 11)
- Céphalées
associées à une maladie psychiatrique (groupe 12)
C.
Névralgies
crâniennes
- Céphalées
associées à une névralgie
faciale : trijumeau, glosso-pharyngien, ou autres algies en
rapport avec une lésion d’un nerf facial (groupe
13)
D.
Céphalées
inclassables (groupe 14)
La forme type, mais la
moins fréquente, est la migraine
avec aura. L’aura est le plus
souvent faite de symptômes visuels (scotome, scintillements,
amaurose) qui sont
totalement réversibles en mois d’une
heure ; c’est la classique migraine
ophtalmique. D’autres auras sont possibles, sensitives,
aphasiques ou motrices,
en pratique presque toujours associés à des
manifestations visuelle. La
céphalée suit habituellement l’aura.
La migraine
sans aura
est la plus fréquente. Elle survient surtout chez la femme
(75%), elle touche
12% de la population adulte. Il y a souvent des
antécédents familiaux. La
douleur est d’installation progressive et atteint son maximum
en 2 à 4 heures.
Non traitée, elle dure de quelques heures
jusqu’à 72 heures. La topographie
classique est unilatérale, fronto-pariétale,
parfois rétro-orbitaire, mais la
douleur peut être rapidement ou d’emblée
bilatérale. La douleur est
classiquement pulsatile, mais ce caractère est parfois
difficile à exprimer par
le patient. La douleur est exacerbée par les mouvements de
tête, la toux,
souvent accompagnée de photophobie et photophobie et de
troubles digestifs
(nausées, vomissements). Le patient s’isole donc
le plus souvent dans une pièce
obscure et sans bruit et s’allonge.
L’examen
neurologique est normal et il n’existe pas de
contexte fébrile.
Enfin, et cela est un
argument diagnostique, les
antimigraineux modernes (triptans) administrés
très précocement, sont le plus
souvent spectaculairement efficaces.
A.
Forme
type
Terrain : homme le plus
souvent, avec un début entre l'âge
de 10 à 30 ans dans 2/3 des cas.
- Les
douleurs sont unilatérales, siégeant toujours du
même côté. L'accès douloureux
débute dans l'angle interne de l'oeil au niveau de l'aile du
nez, ou encore à la tempe. La douleur s'accroît
progressivement en intensité et en territoire
jusqu'à atteindre son acmé en 10 à 15
minutes. Elle est extrêmement violente,
s’accompagne souvent d’agitation, dure de
¼ d’heure à 3 heures maximum, puis
brusquement la douleur cède.
- Il
existe des phénomènes
vasosécrétoires homolatéraux
accompagnateurs dans le territoire du nerf trijumeau (notion de
céphalées trigémino-vasculaires):
injection conjonctivale et/ou larmoiement et/ou obstruction nasale
et/ou écoulement nasal et/ou oedème
palpébral et/ou rougeur de la face et/ou sudation de la face
et/ou myosis et/ou ptosis.
- Les
crises surviennent typiquement à horaire fixe, tous les
jours pendant quelques semaines avec des périodes de
rémission très longues.
B.
Autres
formes
Autres formes :
parfois les accès sont plus brefs, de 5
à 250 secondes, souvent plus fréquents, de 1
à 30 crises par jour, accompagnés
également de manifestations
végétatives dans le territoire du trijumeau
(rougeur
conjonctivale, larmoiement) : il s’agit des
Short-lasting Unilatéral Neuralgiform
headache with Conjunctival injection and Tearing (SUNCT)
Elles surviennent
plutôt dans la deuxième moitié de la
vie,
fréquemment chez la femme. Trois
éléments sont caractéristiques :
- Le
caractère paroxystique de la douleur : décharges
électriques se répétant en salves
pendant quelques minutes, dans le territoire précis
d’un nerf crânien ou d’une de ses
branches (cf infra). Ces salves se regroupent en une crise
d'installation et de disparition brutales. Il n'y a aucune douleur dans
l'intercrise. (Exemple : la névralgie faciale essentielle du
V ou tic douloureux de Trousseau).
- Le
caractère provoqué de la douleur, par une
stimulation tactile d'une région bien précise de
la face ou du pharynx : trigger zone ou zone gâchette :
parole, mastication, mimique...
- Le
caractère négatif de l'examen neurologique : pas
de déficit sensitif dans le territoire nerveux
considéré, pas de déficit moteur.
L’imagerie IRM
permet d’éliminer une lésion sur le
trajet du
nerf trijumeau ; elle peut visualiser un conflit
vasculo-nerveux ou une
lésion tumorale.
Selon la topographie :
1)
La
névralgie du trijumeau ou névralgie faciale
(V)
La douleur
siège, suivant le cas, et par ordre décroissant
de fréquence sur un ou plusieurs des trois territoires du
nerf :
a)
Maxillaire
supérieur : surtout nerf sous-orbitaire avec douleur
à son émergence, et au
niveau de l'aile du nez, de la lèvre, de la gencive et des
dents supérieures.
b)
Maxillaire
inférieur : surtout nerf mentonnier
avec douleur au niveau du menton, de la lèvre, de la gencive
et des dents
inférieures ; parfois nerf lingual (2/3
antérieurs de la langue) ou
auriculotemporal (région temporale antérieure).
c)
Ophtalmique
: surtout nerf sus-orbitaire avec
douleur à son émergence et au niveau de la
paupière supérieure et de la région
frontale.
2)
La
névralgie du glossopharyngien (IX) est beaucoup plus rare
La douleur
siège dans les régions :
- Sous
et rétro-angulo-maxillaire
- Amygdalienne
et sillon amygdaloglosse
- Parfois
et uniquement : auriculaire, maxillaire inférieure, cervicale
La douleur est plus
diffuse, dans le territoire du nerf
atteint.
- la
douleur peut être continue ou paroxystique mais toujours avec
un fond douloureux permanent.
- elle
s'installe moins brusquement, et il n'y a pas de zone
gâchette.
- il
existe un déficit sensitif dans le territoire du nerf et
parfois un déficit moteur.
Une cause
organique,
avant tout tumorale localisée à la base du
crâne doit être recherchée.
A.
Les
causes dentaires
Elles sont
évidentes
B.
Les
causes sinusiennes
Elles sont souvent
évoquées. Les sinusites algiques sont le
plus souvent les sinusites aigues
qui suivent un « rhume » viral
épidémique, comportent des signes
d’accompagnement (rhinorrhée, obstruction nasales)
et des signes généraux
souvent modestes (fièvre à 38°
à 38°5). La topographie des douleurs
dépend du
sinus en cause : jugale avec irradiation dentaire pour les
sinusites
maxillaires, frontales pour les sinusites frontales, du vertex ou
rétro-orbitaires pour les sinusites
sphénoïdales, péri-orbitaires pour les
sinusites ethmoïdales. La position penchée en avant
accentue les douleurs qui
sont classiquement mais inconstamment plus intenses le matin que le
soir. La
pression de l’os maxillaire ou frontal en regard de la
douleur majore cette
dernière. Le traitement antibiotique est rapidement
efficace, en règle, sur la
douleur et les signes associés.
Les
sinusites
chroniques sont peu souvent pourvoyeuses de douleurs. Les
symptômes sont
plutôt à
type de pesanteur. D’autre
part, certaines sinusites sphénoïdales chroniques
peuvent être extrêmement
algiques, de sorte qu’une douleur chronique doit justifier
d’une imagerie
(scanner du crâne et des sinus). Par contre, certaines images
de simple
épaississement muqueux localisé ou de kystes
muqueux ne devront pas être
considérées à l’origine de
céphalées (opacité en cadre, kyste du
bas fond du
sinus maxillaire).
Les
cancers sinusiens
peuvent être pourvoyeurs de douleurs surtout s’il
existe un envahissement
osseux ou orbitaire. Les symptômes comme la
rhinorrhée purulente, l’obstruction
nasale et l’épistaxis, doivent
faire évoquer le diagnostic de tumeur surtout
s’ils sont unilatéraux.
L’endoscopie et le scanner permettront le diagnostic.
Points
clés
Toute
douleur
chronique, et à fortiori s’il existe des signes
rhinologiques d’accompagnement,
une notion d’unilatéralité de la
douleur et des symptômes associés doit
justifier une endoscopie nasale et un scanner sinusien.
C.
Les
causes oculaires
Elles sont de
présentation souvent évocatrice lorsque le
patient se plaint de douleurs localisées à
l’œil lui-même et s’il existe
des
anomalies ophtalmologiques associées (chémosis,
epiphora…). Le diagnostic sera
fait par l’ophtalmologiste après un examen
spécialisé : glaucome aigu,
dacryocystite, kérato-conjonctivite. Par contre, il existe
des douleurs moins
violentes, de localisation fronto-glabellaire,
entraînées par des troubles de
la convergence (hétérophorie) qui sont souvent
sous-diagnostiquées.
D.
Les
otalgies
Elles peuvent
être liées à une otite aigue, moyenne
ou
externe, dont le diagnostic est fait à
l’otoscopie. Lorsque l’examen otologique
est normal, il faut penser à des douleurs
projetées d’origine bucco-pharyngée
(douleurs dentaires provenant des molaires, douleurs
d’angines, et attention
aux otalgies reflexes des cancers des voies
aéro-digestives supérieures) ;
l’examen pharyngo-laryngé et la palpation des
aires ganglionnaires cervicales
est donc indispensable. Enfin, nombre d’otalgies à
examen otologique et des
voies aéro-digestives supérieures normaux sont
liées à une douleur de
l’articulation temporo-mandibulaire (recherche d’un
ressaut, d’un craquement,
d’une subluxation, d’une douleur à la
palpation, d’un trouble de l’articulé
dentaire). Dans certains cas où l’examen clinique
est normal, une imagerie IRM
et scanner injectée sont demandés pour
dépister des tumeurs profondes (base du
crâne).
E.
Autres
douleurs latérales:
- douleur du nerf
d’Arnold, occipito-pariétales,
unilatérales, déclenchées par la
pression à l’émergence du nerf
d’Arnold
- syndrome
de l’apophyse styloïde longue
- douleur
temporale de l’artérite
giganto-cellulaire de Horton : sujet âgé,
recherche d’une induration
douloureuse de l’artère temporale, syndrome
inflammatoire, biopsie de l’artère
temporale superficielle
C'est d'abord le
traitement de la cause, lorsqu'elle est
retrouvée.
- Le traitement des migraines a
été révolutionné
par les triptans par voie orale
- Les
algies vasculaires sont traitées par:
- Triptans
par voie sous cutanée essentiellement
- Oxygénothérapie
- Dérivés
de l’ergot de seigle (DHE...), bétabloquants
(Avlocardyl...)
- Le
traitement de la névralgie essentielle est
d'abord médical, et fait surtout appel à la
carbamazépine (Tegretol*...) en
traitement de fond. Une chirurgie peut être
proposée à visée de
décompression
ou de coagulation.
Points
clés
Une névralgie
essentielle est paroxystique, provoquée,
isolée.
Une névralgie
symptomatique a un fond continu. Il faut
rechercher un déficit sensitif et une cause naso-sinusienne,
dentaire mais
aussi intracrânienne.
Une
otalgie à otoscopie normale doit faire évoquer
avant tout une origine néoplasque des voies
aéro-digestives supérieures.
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