|
Une
tuméfaction de la loge parotidienne est le plus souvent
développée aux dépens de la glande
parotide. Mais elle peut reconnaître aussi
une origine extra salivaire : ganglionnaire, nerveuse, vasculaire.
Reconnaître
le siège parotidien d'une tuméfaction ne
pose en général pas de problème : elle
se projette typiquement dans la région
rétro mandibulaire entre la branche montante en avant, le
muscle
sterno-cléido-mastoïdien et le conduit auditif
externe en arrière, au-dessus de
l'angle mandibulaire. Lorsqu'elle atteint un certain volume, elle
soulève le
lobule de l'oreille.
Quelquefois, cependant,
la projection est plus inhabituelle
:
- au
niveau de la joue si la tuméfaction siège
dans le prolongement antérieur de la glande parotide
- au
niveau de l’oropharynx en dedans du pilier
antérieur de la région amygdalienne ou du voile
si elle siège dans son prolongement
profond.
Les caractères
suivants de la tuméfaction doivent être
précisés :
- Mode
d’apparition et d’évolution de la
tuméfaction, brutale, rapide, lente et progressive parfois
sur plusieurs années
- Uni ou
bilatérale
- aspect
inflammatoire, état de la peau
- consistance
: dure, inhomogène, fluctuante
- indolence
ou non, spontanément et à la palpation
La recherche
d’adénopathies et d'une atteinte du nerf
facial, aussi minime soit-elle, doit être
également un geste réflexe du
praticien.
Les causes
d'erreur sont peu nombreuses :
- l'actinomycose
cervico-faciale est une lésion inflammatoire
cutanée et sous
cutanée, elle est plus fréquente chez
l’enfant,
- les
autres causes de tumeurs para pharyngées (paragangliomes
–tumeurs nerveuses) ou de tumeurs
massétérines
- la
mastoïdite à évolution cervicale
- la
fistule de la première fente à forme kystique
intra-parotidien
- la
palpation d'une apophyse transverse de l'atlas
Le diagnostic
causal se pose différemment :
- dans
les tuméfactions inflammatoires, où la cause est
en général facilement reconnue
- et
dans les tuméfactions non inflammatoires, où,
malgré les examens complémentaires les plus
poussés (échographie, IRM, ponction cytologique
à l’aiguille fine, bilan
hématologique), la cause n'est
précisée que lors de l'examen histologique
extemporané au cours de la parotidectomie exploratrice, ou
quelquefois même lors de l'examen histologique
définitif sur la totalité de la pièce
opératoire.
Elles sont en
règle d'origine glandulaire : parotidites
aiguës et chroniques.
Elle est
aisément reconnue sur la notion
d'épidémicité,
l'aspect de l’œdème cutané
gélatineux, la bilatéralité,
l’atteinte des glandes
sous mandibulaires,
les dosages biologiques
éventuels. Elle est rare depuis la
généralisation de la vaccination.
Elle survient lors d'une
baisse de l'état général avec
déshydratation, en particulier chez le sujet agé
en période post-opératoire,.
Elle est favorisée par une cause locale : infection dentaire
ou stomatite
(infection canalaire ascendante).
Elle débute
par une douleur à la mastication, puis une
douleur spontanée à l'angle de la mandibule, avec
température élevée.
Il existe un gonflement
rétro mandibulaire en général
unilatéral, soulevant le lobule de l'oreille. La peau est
rose et œdémateuse.
L'orifice du canal de Sténon est rouge avec
écoulement de pus, favorisée par la
pression douloureuse de la région parotidienne.
L'évolution
est favorable sous antibiotiques et
anti-inflammatoires et éventuelle réhydratation.
Elle peut néanmoins se faire
vers la suppuration avec micro abcès, ou passer à
la chronicité avec sclérose
glandulaire, sur des terrains particulièrement fragiles.
Elle est rare car la
lithiase parotidienne est beaucoup
moins fréquente que la lithiase sous-maxillaire.
La radiographie
maxillaire défilé et surtout
l’échographie
en permettent le diagnostic.
Une sialographie si elle
était pratiquée montrerait le
blocage au niveau du calcul
Rares,
elles
sont dues à une infection canalaire ascendante dont le
trouble initial est mal
connu. Elles se traduisent par des poussées de
tuméfaction avec douleurs à la
mastication. La parotide est hypertrophiée et douloureuse
à la palpation.
La
sialographie peut montrer des images typiques avec dilatation des
canaux et
images multiples en grains de plomb (image de pommier japonais ou
d’oranger
portant ses fruits).
L'évolution
est récidivante. L'affection peut guérir sans
séquelles (parotidite récidivante
de l'enfant) ou évoluer vers une hypertrophie
scléreuse.
La
parotidectomie, n’est indiquée
qu’exceptionnellement dans les cas
sévères
associés à des malformations canalaires
(mégadolichostenon). La dissection du
nerf facial est plus difficile au sein de tissu inflammatoire car il
peut être
enserré dans la sclérose.
Ce sont les parotidoses.
Elles entrent dans le cadre d'une
maladie de système.
L'association d'une
hypertrophie parotidienne bilatérale,
indolore, rapidement installée et d'une uvéite
(uvéoparotidite) réalise le
syndrome de Heerfordt, typique d'une sarcoïdose ; il
s'accompagne souvent d'une
paralysie faciale, et éventuellement d'autres manifestations
: cutanées,
osseuses, pulmonaires, ganglionnaires, viscérales de la
maladie de BBS.
Le diagnostic est
suspecté devant la négativité de
l’IDR, et
confirmé par le dosage de l’activité
plasmatique de l’enzyme de conversion et
l'examen histologique.
L'évolution de
cette atteinte parotidienne est souvent
rapidement favorable.
Ils associent un
gonflement parotidien bilatéral diffus, une
sécheresse oculaire (xérophtalmie) et buccale
(xérostomie).
a)
Le
syndrome de Gougerot-Sjögren :
Il est le plus
caractéristique, isolé ou associé
à d'autres
manifestations auto-immunes : polyarthrite rhumatoïde, LED,
atteintes
digestives, rénales, musculaires, neurologiques...
Il survient surtout chez
la femme entre 40 et 60 ans.
Il s'agit d'une maladie
auto-immune. Le diagnostic est
établi par la biopsie d'une glande salivaire accessoire.
Le traitement,
décevant, fait appel à
l'immunothérapie, la
corticothérapie, aux larmes et salives artificielles et aux
sialagogues.
Il peut
évoluer vers un lymphome qu’il faudra
évoquer devant
une évolution tumorale parotidienne.
b)
Les
sialadénoses :
Elles associent
également un gonflement parotidien et une
sécheresse buccale et oculaire, et s'inscrivent dans le
cadre d'une atteinte
endocrinienne (diabète, hypothyroïdie,
hyperfolliculinémie de la ménopause anorexie
associée à une aménorrhée
et une parotidose), métabolique (cirrhose et
alcoolisme par carence protidique-), médicamenteuse
(antidépresseurs,
phénothiazines, réserpine...)
3)
Les
hémopathies
Il convient
d'éliminer une hémopathie pouvant
réaliser
des aspects semblables.
Cliniquement, on constate
une augmentation de volume de la
parotide dans laquelle sont individualisées des formations
kystiques parfois
volumineuses. L'atteinte est le plus souvent bilatérale,
indolore,
esthétiquement gênante. La pathologie est
dominée par des lésions
lympho-épithéliales
bénignes : hyperplasie lymphoïde kystique.
Le problème
est là aussi d'éliminer une tumeur maligne.
L'hyperplasie lymphoïde kystique
régresse le plus souvent sous traitement
antirétroviral. Sa persistance peut
faire discuter une parotidectomie superficielle à titre
morphologique, souvent
réclamée par les patients.
Ce sont les grosses
parotides, sans symptôme et sans
anomalie histologique (faciès piriforme, Louis-Philippe).
Elles sont d'origine
familiale, ou géographique. Elles se rencontrent
aussi chez les obèses, les diabétiques, les
mangeurs excessifs de pain, les
goutteux et les cirrhotiques (hyperfonctionnement de la glande, jouant
le rôle
d'émonctoire).
Elles sont en grande
majorité des tumeurs de la glande
parotide et évoluent sous forme de nodule de la loge
parotidienne. Les tumeurs
extrasalivaires et les pseudotumeurs sont exceptionnelles.
Tumeurs parotidiennes les
plus fréquentes. Elles
représentent plus de 50% des tumeurs parotidiennes et 80%
des tumeurs
épithéliales bénignes. Elles sont
caractérisées sur le plan histologique par la
coexistence d'éléments
épithéliaux et mésenchymateux
(d'où leur nom de tumeur
mixte) ; les cellules myoépithéliales paraissent
jouer un rôle prédominant dans
leur constitution.
Elles s'observent
à tout âge, avec un maximum de
fréquence
entre 30 et 60 ans, plus fréquente chez la femme jeune.
Elles siègent
le plus souvent dans le lobe superficiel de la
glande ; elles peuvent quelquefois affecter les prolongements
antérieur ou
profond, posant alors des problèmes diagnostiques avec les
tumeurs jugales ou parapharyngées
(lobe profond de la parotide).
Cliniquement, elles se
présentent comme un syndrome tumoral
lentement progressif, sur plusieurs années et
isolé avec une tuméfaction
unilatérale de la loge parotidienne, de consistance variable
(selon les cas
dure, élastique ou inhomogène,
bosselée). Absence de signe fonctionnel, absence
d’adénomégalie.
Elles sont souvent de
découverte fortuite, car indolores et
de croissance très lente. Elles peuvent atteindre des
proportions considérables
si elles sont négligées par le patient.
La mimique faciale est
toujours normale ; l'existence d'une
paralysie faciale, même très partielle doit faire
réviser le diagnostic de
tumeur mixte, ou faire craindre sa
dégénérescence maligne.
Les examens
complémentaires ont deux objectifs :
- Affirmer
le siège intraparotidien de la tumeur :
- L'échographie
est suffisante : tumeur parotidienne tissulaire
- La
TDM n'a pas d'intérêt dans les cas typiques, par
contre une IRM est recommandée
- Approcher
la nature bénigne ou maligne et éventuellement le
type histologique :
- L'IRM,
assez caractéristique, mais non pathognomonique montre un
hyposignal en T1, un hypersignal souvent festonné en T2.
L’IRM de diffusion est en cours
d’évaluation.
- La
ponction cytologique n’a de valeur que positive. Il lui est
reproché injustement le risque d’effraction
capsulaire et de lésion du nerf facial. Quel que soit son
résultat, l’intervention sera presque toujours
proposée.
Le traitement est
chirurgical. C’est une parotidectomie, le
plus souvent de type latérale exo-faciale avec
repérage, dissection et conservation
du nerf facial afin de réaliser l’ablation de la
tumeur à distance de sa
capsule et bien sur sans effraction capsulaire, avec analyse
anatomopathologique extemporanée. En cas de confirmation du
diagnostic, une
totalisation de la parotidectomie est réalisée en
particulier en regard du
siège de la tumeur. Le pronostic est alors tout à
fait favorable. Une
kinésithérapie faciale ainsi que des soins
oculaires sont préconisés en cas de
déficit post opératoire. L’apparition
d’un syndrome de Frey est fréquente dans
des délais très variables.
Le risque de
récidive locale est dépendant de la
qualité de
l’exérèse initiale,
évalué entre 2 et 4 % après
parotidectomie totale ou
subtotale. Le risque de cancérisation est très
faible, le plus souvent au cours
d’une tumeur évoluant depuis plusieurs dizaines
d’années ou récidivante. La
surveillance doit être prolongée.
- Le
cystadénolymphome papillaire ou tumeur de
Warthin (5 à 10 % des tumeurs parotidiennes). Il
ne s’observe que dans la
glande parotide contrairement aux autres tumeurs qui peuvent se voir
dans
toutes les glandes salivaires et ne
dégénère jamais. Il peut
être bilatéral.
Apanage de l'homme de 40 à 60 ans, il est de
siège généralement polaire
inférieur ; sa consistance est molle ou
élastique, son évolution lente. Le
diagnostic est confirmé lors de la parotidectomie
exploratrice et le traitement
consiste en une parotidectomie partielle, avec conservation du nerf
facial. Le
pronostic est bénin.
- Les
adénomes monomorphes, ou adénomes simples
(10 à 15% des tumeurs parotidiennes).
- Les
adénomes oxyphile ou oncocytome (1 %
des tumeurs
de la parotide).
- Autres :
adénome tubulaire ou trabéculaire,
adénome à cellules claires, adénome
basocellulaire, papillome.
Elles
représentent environ 8 à 18 % des tumeurs
malignes des
glandes salivaires.
- Tumeurs
mucoépidermoïdes : représentent
environ 45% de toutes les tumeurs malignes des glandes salivaires.
Elles ont
une évolution bénigne le plus souvent mais
parfois peuvent devenir infiltrantes
et donner des métastases. Elles touchent hommes et femmes
entre 20 et 60 ans.
Le traitement chirurgical est de rigueur.
- Tumeurs
à cellules acineuses :
représentent environ 10% de toutes les tumeurs malignes des
glandes salivaires.
Elles sont plus fréquentes chez la femme de la cinquantaine. Leur évolution est
caractérisée par la survenue de
métastases ganglionnaires ou à distance dans 5
à 10 % des cas, avec une survie
à 5 ans de 80 %
Ils
représentent
environ 20% des tumeurs malignes des glandes salivaires. Ces tumeurs
malignes
s'observent à tout âge ; elles sont primitives ou
secondaires à la
dégénérescence maligne d'un
adénome pléïomorphe
préexistant.
La
tuméfaction
parotidienne augmente rapidement de volume,
pseudo-encapsulée ou diffuse,
infiltrant toute la glande. Elle est souvent douloureuse et peut
s'accompagner
d'adénopathies cervicales et d'une paralysie faciale.
L'IRM
montre une
tumeur aux contours mal définis, en hyposignal
hétérogène en T1 avec forte
prise de contraste après gadolinium.
Le
pronostic est très péjoratif,
malgré une parotidectomie totale avec évidement
ganglionnaire, suivie de
radiothérapie.
Ils
représentent environ 10% des
tumeurs malignes de toutes les glandes salivaires, et s'observent
à tout âge,
volontiers chez la femme.
Le
diagnostic ne peut être
qu'évoqué devant une tumeur parotidienne dure,
inégale, de croissance plus
rapide que celle de la tumeur mixte, et surtout de douleurs
spontanées et à la
palpation.
La
gravité de cette tumeur
provient de son potentiel de récidive locale, lié
à sa propension naturelle à
donner des métastases par
l’intermédiaire des gaines des nerfs et de
l'éventualité
fréquente de métastases
générales (pulmonaires, osseuses) quelquefois
tardives.
La
parotidectomie avec
conservation du nerf facial doit être suivie d'une
radiothérapie.
Carcinomes
épidermoïdes et
indifférenciés représentent environ 5%
de toutes les tumeurs
malignes des glandes salivaires.
Elles
sont multiples, mais peu
fréquentes. Leur diagnostic est en
général porté à
l’examen histologique
peropératoire lors d'une intervention pour une tumeur
parotidienne isolée.
a)
Tumeurs
vraies
- métastases
ganglionnaires d'un carcinome, du cuir chevelu ou de la
région frontotemporale (carcinome
épidermoïde, mélanome)
- lymphomes
et sarcomes
- nerveuse
: neurinome du nerf facial, neurofibromes
- vasculaire
: hémangiome ou lymphangiome de l'enfant
- graisseuse
: lipome intraparotidien
b)
Pseudotumeurs
Sont
consécutives à certaines parotidites chroniques
spécifiques
- syphilitiques,
de forme pseudotumorale
- tuberculeuses
ou à mycobactéries atypiques, souvent sous forme
d’adénopathies tuberculeuses
intraparotidiennes
- kystes
canalaires
Points clés
Une
tuméfaction parotidienne unilatérale
d’évolution lente non inflammatoire et
isolée fait évoquer avant tout un
adénome pléïomorphes.
La survenue de paralysie faciale dans
l’évolution d’une tumeur de la parotide
signe sa malignité.
Le
diagnostic histologique d'une tumeur de la parotide ne peut
être confirmé que
lors d’une parotidectomie exploratrice.
|