La déglutition est le mécanisme qui permet la préhension des
aliments, leur préparation dans la bouche puis leur propulsion de la bouche
vers l'estomac tout en assurant la protection des voies respiratoires. Au cours
de nombreuses affections tumorale ou neurologiques, ce mécanisme est
susceptible d'être perturbé et d'engager le pronostic fonctionnel et vital.
Cette atteinte peut être révélatrice de la pathologie
La dysphagie est à la fois la perturbation du processus de
déglutition et le symptôme caractérisé par la sensation de blocage, d’arrêt de
la progression alimentaire. On parle plus généralement des troubles de la
déglutition (TD).
A côté des causes tumorales pharyngées et œsophagiennes qui
constituent des obstacles mécaniques, des étiologies neurologiques très
diverses peuvent provoquer ces troubles en altérant la commande, nucléaire ou
supranucléaire, l'innervation motrice ou sensitive, la transmission
neuromusculaire des muscles du pharynx et du sphincter supérieur de l'œsophage
(SSO). La déglutition comporte un temps volontaire oral et un temps réflexe
pharyngo-laryngo-œsophagien.
Le terme dysphagie désigne classiquement le blocage de la
progression alimentaire par exemple au cours d'un cancer de l'œsophage. Mais de
plus en plus, on désigne, sous le terme dysphagie, tous les troubles qui
perturbent le processus de déglutition ; on emploiera volontiers le terme de
dysphagie haute pour les troubles atteignant le processus normal en amont du
corps de l'œsophage.
A. Symptômes
observés au cours des troubles de la déglutition
L’interrogatoire est capital
1) Description de la dysphagie :
- Importance : simple gêne ou accrochage au passage des
aliments à la dysphagie complète avec blocage alimentaire des solides puis
des liquides (aphagie)
- Evolution :
permanente, intermittente, capricieuse voire paradoxale avec passage plus
facile des aliments solides que liquides
- Mode d’installation avec
aggravation croissante de la dysphagie plus ou moins rapide touchant
d’abord les solides puis les liquides. Elle est très évocatrice d’une
pathologie cancérologique chez un sujet alcoolo tabagique. Brutale, la
dysphagie évoque alors un corps étranger (sur sténose œsophagienne par
exemple) ou une pathologie infectieuse
2) Caractéristiques
a) Signes
d'atteinte pharyngo-œsophagienne
- blocage des aliments dans
la région cervicale basse
- déglutition répétée d'une
même bouchée
- mastication prolongée
- voix gargouillante,
humide
- reliquats alimentaires
bucco-pharyngés
b) Signes d'atteinte des mécanismes de protection.
- Fausses routes +++, toux
au moment des repas (mais aussi fausses routes silencieuses) : cause
possible de pneumopathies d’inhalation.
- Régurgitations nasales
c) Signes d'atteinte du temps volontaire (temps
buccal)
- difficultés de la mobilité
linguale
- perturbation des praxies
buccales
- difficultés dentaires et
de mastication
- mouvements anormaux de la
sphère oro-faciale
- bavage
d) Difficulté de déclenchement du temps réflexe
de la déglutition
B. Autres symptômes
- Dysphonie, dyspnée :
rechercher une paralysie laryngée associée ou une atteinte
laryngo-trachéale.
- Dysphagie douloureuse
(=odynophagie) : rechercher œsophagite, troubles moteurs œsophage
(achalasie, spasmes diffus œsophagiens)
- Ruminations ou
régurgitations, bruits hydro-aériques évoquent un diverticule de Zenker à
confirmer par transit baryté pharyngo-œsophagien
- Régurgitation, pyrosis
(brûlures rétrosternales ascendantes) associées au reflux gastro-pharyngé
ou gastro-œsophagien.
- Otalgie réflexe est une douleur ressentie dans l’oreille en dehors
de toute atteinte de l’oreille externe ou moyenne (tympan normal). Elle
oriente d’emblée vers le pharynx ou du vestibule laryngé (cancer++)
C. Signes d'adaptations alimentaires
- Modifications de la texture des aliments (le
patient exclut certains aliments, mouline ses repas) ; elles sont rendues
nécessaires par les troubles et elles sont importantes à préciser.
L'alimentation peut être : normale, mastiquée longuement, ou de texture modifiée
(coupée en petits morceaux, mixée, molle, semi-liquide, liquide). C'est un bon
reflet de la sévérité des troubles. Il est classique d'attacher une certaine
importance à la texture perturbée mais celle-ci, solide ou liquide, ne permet pas
d'établir des corrélations fiables avec les étiologies des troubles (ccitons la
dysphagie paradoxale du diverticule de Zenker, touchant classiquement mais non
constamment les textures liquidiennes
puis solides). Les défauts de propulsion pharyngée et d'ouverture du SSO perturbent
d'abord la déglutition des solides, l'atteinte du temps volontaire ou de la
sensibilité pharyngée celle des liquides mais cela n'a qu'une valeur relative.
- Allongement
de la durée des repas
D. Facteurs aggravants
- trachéotomie,
édentation, reflux gastro-oesophagien, sonde naso-oesophagienne,
sécheresse buccale.
E. Diagnostic différentiel :
L’interrogatoire devra distinguer une dysphagie constante
liée à la déglutition d’aliments, évocatrice d’atteinte organique, d’une
sensation de boule dans la gorge de striction, de spasmes ou de compression
chez un patient anxieux voir cancérophobe, éventuellement améliorée par la
prise alimentaire. On parle alors de paresthésies pharyngées, de globus. Mais
dans tous les cas on doit éliminer un cancer et faire les examens nécessaires qui
permettront d’éliminer le diagnostic.
L'examen clinique
comporte :
- l’examen à l’abaisse langue de la cavité buccale et de
l’oropharynx. L’examen pharyngolaryngé avec le miroir laryngé ou la
nasofibroscopie permet de visualiser le pharynx et le larynx.
- l’étude des paires crâniennes, la mobilité linguale, vélaire et
laryngée :
- la palpation cervicale à la recherche d’adénopathies, d’une
tuméfaction thyroïdienne ou d’une masse cervicale.
On étudie:
- les
troubles de la motricité générale et de la posture
- les
dyskinésies oro-labiales éventuelles.
- Les
anomalies de la morphologie buccale
- Les
troubles de la continence salivaire
- l'état
dentaire et les possibilités de mastication
- les
troubles salivaires
- la
morphologie du pharynx et du larynx, à la recherche d’une tumeur du pharynx.
Les tumeurs du vestibule laryngé peuvent être responsables de dysphagie.
- La
diminution de la sensibilité pharyngée et la perturbation des réflexes normaux
; l'étude de la sensibilité pharyngo-laryngée se fait de façon assez grossière mais
efficace par la palpation du voile avec un écouvillon ou par la palpation de la
margelle du larynx avec l'extrémité du nasofibroscope ; elle est complétée par
la recherche des réflexes nauséeux et vélo-palatin.
- Les
perturbations de l'ascension laryngée lors de la déglutition de salive à la
demande : retard, incapacité, diminution d'amplitude.
- L'existence
d'une stase salivaire plus ou moins marquée dans la bouche, sur les parois du
pharynx, dans les sinus piriformes ou les vallécules. Cette stase est un très
bon signe d'organicité et un bon indicateur de l'importance de la baisse des
possibilités de propulsion buccale et pharyngée ou de relaxation du SSO.
- Les
paralysies unilatérales des paires crâniennes concernées (V, VII, IX-X, XI,
XII), responsables d'un retentissement variable en durée et en intensité. Leur
observation est facilitée par un examen au nasofibroscope du carrefour
pharyngo-laryngé. L’atteinte du X se
manifeste par une immobilité du larynx du côté atteint avec une béance du sinus
piriforme atteint et stase salivaire, troubles de la sensibilité du côté
atteint, et signe du rideau : lors de l’examen de l’oropharynx avec
l’abaisse langue, la paroi pharyngée postérieure (et non le voile) se déplace
du côté sain lors de la phonation à la façon d’un rideau (avec les plis
pahryngés).
La démarche diagnostique doit être orientée en réservant les
explorations fonctionnelles à des cas sélectionnés.
A. Il
faut d’abord évaluer la sévérité du trouble :
- Les troubles présentés
sont-ils liés à la déglutition d'aliments ou aggravés par elle? Sont-ils
au contraire présents en dehors de la prise alimentaire et même soulagés
par elle? La réponse à cette question permet de distinguer les troubles
vrais de la déglutition des paresthésies pharyngées ou "globus".
Dans les deux cas, la recherche
d'un cancer des voies aéro-digestives sera une priorité.
- Quel est le
retentissement vital des troubles ? Celui-ci s'apprécie sur la perte de
poids, l'état pulmonaire (pneumopathies d’inhalation) et la survenue
d'épisodes asphyxiques par fausses routes. Dans certains cas, les TD, tout
en étant réels, n'entraînent qu'un retentissement fonctionnel sans
complications vitales. Dans d'autres cas, c'est le pronostic vital qui est
en jeu. Inversement, le pronostic vital peut être mis en jeu : il est
alors nécessaire d’hospitaliser le
patient sans délai pour modifier le mode d’alimentation entérale par une
alimentation par sonde nasogastrique ou par voie parentérale. En cas de
détresse respiratoire, il faudra ventiler le patient en réanimation et
parfois poser l’indication d’une trachéotomie.
B. Les examens complémentaires
1) A but étiologique
- Nasofibroscopie :
fait partie intégrante de l’examen ORL, simple, au fauteuil ; permet
de détecter une cause tumorale pharyngée, un trouble neurologique du
carrefour pharyngolaryngé (paralysie du pharynx et/ou du larynx)
- Fibroscopie
oesophagienne : indispensable devant toute dysphagie pour détecter
une anomalie muqueuse oesophagienne (tumeur, oesophagite, sténose) et la
biopsier.
- Transit baryté
pharyngo-oesophagien : est seulement demandé en cas de signes d’appel
évocateur de diverticule pharyngo-œsophagien de Zenker ou pour préciser
une sténose.
- Radio pulmonaire :
permet de détecter des signes de compression oesophagienne thoracique
- Scanner cervico-thoracique
et de la base du crâne : il doit être systématique devant une
paralysie laryngée pour détecter une cause compressive sur le trajet du
nerf vague
- Scanner
thoracique : pour rechercher une cause compressive
- Endoscopie ORL aux tubes
rigides sous anesthésie générale : surtout utile pour vérifier l’état
de la bouche oesophagienne car celle-ci s’explore mal en fibroscopie.
Indispensable pour le bilan d’un carcinome pharyngé.
- IRM du tronc
cérébral : devant une dysphagie qui ne fait pas sa preuve étiologique
à la recherche d’une atteinte du tronc cérébral.
2) A
but fonctionnel et étiologique
• Nasofibroscopie : examen simple et peu
invasif, elle permet d’observer le carrefour lors de la déglutition d’aliments
et d’observer des signes indirects de dysfonction du sphincter supérieur de
l’œsophage, de visualiser d’éventuelles fausses routes ; normale, elle
fournit aussi un argument étiologique contre une atteinte du pharynx ou du
larynx.
• Radiocinéma (ou vidéofluoroscopie): utile
pour observer les atteintes du SSO
• Manométries oesophagiennes : utiles pour le
diagnostic des atteintes motrices oesophagiennes, ou quantifier une éventuelle
hypertonie du SSO qui pourrait être en faveur d’une achalasie.
C. Diagnostic étiologique : éléments
d’orientation
1) Obstacles mécaniques tumoraux le long du tractus
digestif.
C’est la première
recherche étiologique
a) Les
cancers du pharynx et de l’œsophage.
Ils sont la première cause de troubles de déglutition et
doivent être recherchés avant toute autre exploration. Leur recherche impose l'examen ORL complet quel que soit le
contexte ; vis à vis de l'oesophage, l'examen à demander de première intention
est une fibroscopie de préférence au
transit baryté. Ce dernier examen n'est indiqué que lorsque l'interrogatoire
est évocateur d'un possible diverticule de Zenker (ruminations, bruits
hydro-aériques cervicaux, toux nocturne). La fibroscopie permettra parfois de
trouver des signes évocateurs d'un trouble moteur oesphagien (oesophagite).
• Les
cancers du sinus piriforme, du vestibule laryngé et de la
région
rétrocricoïdienne sont à l’origine d’une
gêne pharyngée. L’existence d’une
dysphagie avec blocage alimentaire est évocatrice d’une
extension à la bouche
oesophagienne, surtout si elle est associée à une otalgie
réflexe. Les cancers
de la glotte et de la sous-glotte ne sont pas dysphagiants.
• Cancer de l’œsophage : dysphagie d’installation progressive
avec altération de l’état général. Le diagnostic est endoscopique : lésion
bourgeonnante ou ulcéro-infiltrante plus ou moins sténosante, saignante au
contact dont on précisera la hauteur et le siège par rapport à l’arcade
dentaire supérieure (1/3 supérieur, 1/3 moyen ou 1/3 inférieur de l’œsophage).
La biopsie fournit le diagnostic anatomopathologique : carcinome
épidermoïde le plus fréquent ou plus rarement adéno-carcinome (surtout 1/3
inférieur de l’œsophage). Le bilan comporte une écho-endoscopie, un scanner
cervico-thoraco-abdominal, une laryngo-trachéobronchoscopie
b) Les tumeurs bénignes de l’œsophage
Elles sont rares (fibromes, léiomyomes).
c) Les causes compressives extrinsèques
Il faut également rechercher des causes compressives extrinsèques :
tumeur médiastinale, un anévrysme aortique ou goitre thyroïdien plongeant. La
radiographie pulmonaire de
face et de profil peut révéler une image médiastinale à l’origine d’une
compression œsophagienne (goitre plongeant ou tumeur médiastinale, un niveau
liquide de méga-œsophage, une pneumopathie de déglutition), mais la TDM
thoracique injectée précise mieux l’extension.
2) Atteintes
du sphincter supérieur de l’œsophage
a) Diverticule
de Zenker :
C’est un diverticule
pharyngo-œsophagien secondaire à une hernie à travers une faiblesse de la paroi
pharyngée postérieure au dessus du SSO et qui se développe vers le médiastin
rétro-œsophagien.. Il est responsable d’une dysphagie intermittente ou
fluctuante associée à des régurgitations d’aliments non digérés (stagnant dans
la poche diverticulaire), à une toux nocturne de décubitus. Parfois, c’est une
pneumopathie d’inhalation et une altération marquée de l’état général qui sont
le mode découverte. En nasofibroscopie, signe de la marée pathognomonique = une
bouchée déglutie disparaît dans l’hypopharynx puis réapparaît = équivalent
rumination.
b) Achalasie du sphincter supérieur de l’œsophage.
L'existence d'un blocage cervical bas situé chez un sujet
âgé à examen neurologique et fibroscopique normal doit faire évoquer le
diagnostic d’achalasie (défaut d’ouverture), dont le traitement est chirurgical.
Celle-ci survient chez la personne de plus de 80 ans en général et est en règle
la conséquence d’une fibrose de la musculature striée du SSO.
c) Syndrome de Plummer-Vinson (ou de
Kelly-Patterson).
Classique mais exceptionnel. Il s’agit d’une dysphagie haute
par atteinte du SSO due à une carence martiale très souvent associée à un
carcinome de la bouche de l’œsophage.
3) Causes
neurologiques ou neuro-musculaires.
Elles constituent un ensemble de causes très fréquentes de
dysphagies et troubles de la déglutition.
• Le mécanisme neurologique peut être évident
lorsque les troubles surviennent dans un contexte bien identifié : traumatisme
crânien, accident vasculaire cérébral, infirmité motrice cérébrale, Parkinson.
• La maladie neurologique peut être inconnue quand
les TD sont révélateurs. Certaines maladies sont fréquemment inaugurées par ces
troubles et doivent être évoquées en premier lieu.
a) Sclérose
Latérale Amyotrophique :
Maladie dégénérative de la corne antérieure, elle donne une
atteinte motrice pure, pouvant être inaugurée par l’atteinte pharyngée et
linguale. Elle se caractérise par les fasciculations et l’atrophie linguale,
une dysarthrie, créant un tableau d’emblée évocateur devant une dysphagie.
L’évolution est rapide vers la dégradation et l’extension de l’atteinte vers
les muscles respiratoires et les membres.
b) Myasthénie :
Liée au défaut de transmission neuromusculaire, la dysphagie
est fréquemment révélatrice comme la dysphonie ou l’atteinte oculaire, toutes
caractérisées par le caractère variable, aggravé par la fatigue. Le diagnostic
repose sur la mise en évidence du bloc neuromusculaire sur l’EMG, l’existence
d’anticorps anticholéstérasique, et le test thérapeutique.
c) Paralysie des nerfs crâniens :
Surtout paralysie
du X (nerf vague) avec immobilité laryngée unilatérale + stase
salivaire sinus piriforme homolatéral + signe du rideau (la paroi pharyngée
postérieure se déplace vers le côté sain) + trouble de la sensibilité
homolatérale. Doit faire explorer tout le trajet du X et en particulier au niveau
de la base du crâne par un scanner. Les tumeurs sont une cause de paralysie du
X (neurinomes, métastases) mais aussi les neuropathies périphériques
(sarcoïdose : neurosarcoïdose, très grave ; diabète) ; enfin il
peut y avoir des atteintes traumatiques (par exemple chirurgie carotidienne)
d) Myopathies (myopathies oculo-pharyngées,
mitochondriales, Steinert).
Atteignent la musculature striée du pharynx et de l’œsophage
(1/3 supérieur). Le diagnostic doit être évoqué devant une dysphagie
progressivement croissante dans un contexte d’atteinte familiale (maladies
héréditaires) avec fréquentes atteintes oculaires (ptosis), sans atteinte
sensitive associée (l’association dysphagie–ptosis est très évocatrice de
myopathie oculo-pharyngée). Il existe aussi des atteintes musculaires acquises
dans les polymyosites.
e) Syndromes pseudobulbaires d'origine vasculaire.
Ils donnent des atteintes progressives dans un contexte
d’HTA avec abolition du réflexe nauséeux, dissociation automatico-volontaire du
déclenchement de la déglutition (la déglutition réflexe s’effectue plus
facilement que le déclenchement volontaire de la déglutition), troubles
sensitifs.
f) Les tumeurs du IV° ventricule
Elles peuvent être révélées par des troubles de la
déglutition et doivent être recherchées de principe par une IRM du tronc
cérébral devant une dysphagie qui ne fait pas sa preuve.
4) Sténoses
œsophagiennes et œsophagites
a) Les
sténoses œsophagiennes séquellaires caustique ou peptique.
La fibroscopie œsophagienne est l’examen qui en permet
l’identification, parfois dans le cadre de l’extraction d’un corps étranger
œsophagien révélateur. En cas de sténose infranchissable et pour effectuer le
bilan d’extension en hauteur, le transit baryté garde une indication.
• Les œsophagites ulcérées secondaire au reflux
gastro-œsophagien peuvent rarement se compliquer de sténoses peptiques à
l’origine d’une dysphagie et d’un amaigrissement. Elles doivent faire
rechercher une cancérisation, souvent à la jonction du 1/3 moyen et 1/3
inférieur de l’œsophage
• Les sténoses
caustiques surviennent plusieurs
semaines après l’ingestion d’un acide fort ou
d’une base forte. Au stade aigu,
l’endoscopie permet d’évaluer l’étendue
des lésions et la profondeur de la
brûlure. L’évolution sténogène est
à l’origine d’une dysphagie progressive et
sévère.
• Les sténoses post-radiques surviennent plusieurs
mois ou années après une irradiation médiastinale
• Les sténoses post-chirurgicales survenant sur
une anastomose œsophagienne
• L’anneau
de Schatzki. Il s’agit d’un diaphragme situé juste au dessus du cardia et
secondaire à un reflux gastro-oesophagien. La dysphagie est souvent
intermittente, essentiellement pour les solides. L’anneau est aisément reconnu
à l’endoscopie et sur le transit oesogastroduodénal.
b) Les autres œsophagites dysphagiantes :
• Les œsophagites infectieuses surviennent surtout
chez les malades immuno-déprimés, les germes en cause sont le candida, le
cytomégalovirus et l’herpès virus
• Les œsophagites médicamenteuses. De nombreux
médicaments peuvent entraîner : Doxycycline, les comprimés de chlorure de
potassium, l’aspirine, les biphosphonates
5) Troubles
moteurs œsophagiens
a) Les
troubles moteurs œsophagiens primitifs :
• L’achalasie (du
sphincter inférieur de
l’œsophage ou mégaoesophage) : affection
nerveuse dégénérative d’étiologie
inconnue, elle entraîne une absence de péristaltisme et de
relaxation du
sphincter inférieur de l’œsophage. La dysphagie
d’abord indolore, devient
douloureuse accompagnée de régurgitations
fréquentes, nocturnes, pouvant à la
longue entraîner un amaigrissement. L’endoscopie permet
d’éliminer un cancer du
bas œsophage. La manométrie œsophagienne met en
évidence une hypertonie du
sphincter inférieur de l’œsophage avec absence de
péristaltisme. Le transit
œsophagien d’une sténose remontée d’une
dilatation d’amont et sur la radiographie de thorax, il est
parfois retrouvé un niveau liquide
• Maladie des spasmes diffus de
l’œsophage. : l’affection se manifeste par une dysphagie et des douleurs
rétro-sternales per-prandiales, secondaires à une perte intermittente du péristaltisme
œsophagien. L’endoscopie élimine un cancer. Le transit œsophagien quand il est
réalisé révèle une image œsophagienne en chapelet. Le diagnostic est confirmé
par la manométrie œsophagienne, révélant un péristaltisme normal, alternant
avec des contractions.
b) Les troubles moteurs œsophagiens
secondaires :
• Collagénoses : la sclérodermie comporte une
atteinte œsophagienne fréquente. Elle se complique souvent par une œsophagite
peptique parfois sténosante. La manométrie révèle une diminution de l’amplitude
des contractions péristaltiques des 2/3 inférieurs de l’œsophage avec une
hypotonie du sphincter inférieur. Parmi les autres collagénoses responsables,
le lupus ou le syndrome de Gougerot-Sjogren.
• Les dermatopolymyosites comportent une atteinte
de la musculature striée pharyngée et du 1/3 supérieur de l’œsophage associée à
l’atteinte du corps de l’œsophage.
• Les achalasies secondaires par atteinte
neurologique diffuse (amylose), par atteinte des plexus nerveux œsophagiens
d’origine néoplasique (surtout cancer de voisinage)
6) Causes
de dysphagie aigüe
a) Causes
infectieuses
• Les angines et le phlegmon péri-amygdalien
entraînent une dysphagie douloureuse, fébrile avec parfois trismus et
hypersialorrhée.
• Le phlegmon rétro-pharyngé évoluant dans un
tableau de dyspnée laryngée fébrile avec dysphagie et hypersialorrhée
b) Corps étrangers pharyngo-œsophagien (cf chapitre
spécifique)
• Corps étrangers oropharyngés : fréquemment
alimentaires et acérés (arête, os…), fichés dans l’amygdale ou la base de
langue, ils sont souvent visibles à l’abaisse langue ou au miroir. L’extraction
peut s’avérer difficile à cause des réflexes nauséeux et de l’hypersialorrhée.
• Corps étrangers hypopharyngés : rarement,
ils se compliquent d’une perforation pharyngée avec emphysème ou abcès
cervical. Une radiographie cervicale complémentaire de profil peut être utile
• Corps étrangers œsophagiens : alimentaire
notamment sur une sténose sous-jacente ou jouet, pièce de monnaie chez l’enfant
ou n’importe quel objet sur terrain psychiatrique. Citons le cas particulier
des piles, ingérées essentiellement par le petit enfant. L’extraction s’impose
d’urgence à cause du risque de perforation, de fistule oesotrachéale ou de
sténose secondaire
• signes d’appel : dysphagie douloureuse.
• la complication principale est la perforation
œsophagienne avec apparition d’une douleur thoracique à projection postérieure,
un emphysème cervical, et au stade de la médiastinite : fièvre et
altération de l’état général
• la radiographie cervicale de profil peut
retrouver le signe de Minigerode (image claire pré-vertébrale), un emphysème
médiastinal sous forme d’une ligne bordante de la silhouette cardiaque.
• un scanner peut être utile en cas de suspicion
de médiastinite. Plus rarement, il sera fait un test à la gastrographine lors
d’un transit pharyngo-œsophagien à la recherche d’une fistule
• le traitement est l’extraction endoscopique au
tube rigide sous anesthésie générale et vérification de l’état de la muqueuse à
la recherche d’une plaie ou d’une perforation. Au stade de médiastinite :
abord cervical gauche pour lavage et drainage et extraction d’un corps
étrangers soit par voie endoscopique ou de cervicotomie.
c) Brûlures par caustique :
• ingestion accidentelle chez l’enfant avec
souvent brûlures proximales. L’endoscopie basse sous anesthésie générale est
fonction de l’étendue des lésions buccales et oropharyngées et du type de
caustique ingéré.
• ingestion souvent volontaire chez l’adulte lors
de tentative d’autolyse : dans ce cas, l’ingestion est massive avec
brûlures volontiers proximales et distales. L’endoscopie complète est
indispensable pour bilan lésionnel et pose de sonde naso-œsophagienne.
Les produits ingérés en cause :
• acides : acide chlorhydrique, détartrants
• bases : soude, caustique, potasse,
ammoniaque
• autres : hypochlorite de soude (eau javel),
permanganate de potassium, peroxyde d’eau oxygène (eau oxygénée).
• en cas de besoin, renseignements auprès du
service de toxicologie de référence
La symptomatologie clinique est variable selon le type et la
quantité de caustique ingéré allant de la simple brûlure buccale ou
oropharyngée à une douleur cervicale et thoracique intense avec dysphagie
majeure et hypersialorrhée. Les complications immédiates ou différées peuvent
être un état de choc ou une perforation entraînant médiastinite ou péritonite.
L’examen clinique comprend :
• un examen buccal, oropharyngé et
pharyngolaryngé.
• l’appréciation de l’état général avec prise du
pouls et de la tension à la recherche d’un état de choc
• recherche d’une dyspnée, d’un emphysème cervical
qui serait en faveur d’une perforation,
• d’une défense ou d’une contracture abdominale en
faveur d’une péritonite.
L’examen endoscopique est réalisé au tube rigide sous
anesthésie générale ou bien au fibroscope mais avec un risque de majorer la perforation par l’insufflation. Trois
stades de brûlures sont décrits :
• stade I : brûlures superficielles sous
forme d’érythème
• stade II : hémorragie et ulcérations
• stade III : lésions nécrotiques profondes
D’autres examens biologiques ou d’imagerie seront demandés
en fonction de l’état clinique et de l’évolution.
L’évolution :
• favorable dans les brûlures superficielles
• les complications :
• perforation immédiate ou secondaire responsable
de médiastinite ou de péritonite de pronostic grave
• hémorragie digestive
• dyspnée laryngée
• les séquelles : sténose hypopharyngée ou
sténose œsophagienne. Le risque sténogène est surtout majeur dans les stades
III par brûlure caustique. La sténose peut être partielle ou totale. Le bilan
est fait par endoscopie et en cas de sténose majeure par transit
pharyngo-œsophagien.
Récapitulatif
d’éléments d’orientation diagnostique devant une dysphagie chronique sans cause
évidente :
• On pense d’abord aux causes mécaniques
dominées par les cancers, de l’œsophage, du pharynx et du vestibule laryngé,
d’autant qu’il s’y associe une otalgie réflexe : l’examen ORL et la fibroscopie
œsophagienne sont les examens indispensables devant toute dysphagie.
• Devant
un cancer de l’hypopharynx, un blocage fait rechercher une extension à la
bouche de l’œsophage
• Devant
une dysphagie intermittente associée à des régurgitations ou ruminations, le
transit baryté pharyngo-œsophagien permet de faire le diagnostic de diverticule
de Zenker lorsque l’examen pharyngo-laryngé est normal ou révèle le signe de la
marée.
• Les antécédents familiaux de TD identiques
doivent orienter vers une myopathies ou une maladie neurologique
hérédo-dégénérative.
• L'existence
de troubles intermittents, ou liés à l'exercice physique ou à la fatigue doit
faire penser systématiquement à une myasthénie. De même, des antécédents de
ptosis transitoire, même unilatéral.
• L'existence
d'un ptosis palpébral bilatéral doit faire évoquer une possible maladie
musculaire.
• L'existence
de fasciculations musculaires, notamment au niveau de la langue ou des muscles
scapulaires, doit faire évoquer une pathologie dégénérative de la corne
antérieure (Sclérose latérale amyotrophique). Mais seules les fasciculations
linguales franches, spontanées et à la percussion, ont une valeur.
• Paralysie
unilatérale des dernières paires crâniennes (IX, X, XI, XII). Son origine peut
se situer au niveau du tronc cérébral ou de la fosse postérieure, mais aussi du
cou, des espaces parapharyngés. Au contraire, il n'y a pas de paralysie flasque
d'origine centrale.
• Les
troubles de la sensibilité pharyngo-laryngée, l'abolition du nauséeux peuvent
faire évoquer une pathologie neuro-vasculaire et éliminent une pathologie
musculaire et de la corne antérieure.
• Une
dissociation automatico-volontaire est évocatrice d'un syndrome pseudo-bulbaire
et d'une étiologie supranucléaire; elle est mise en évidence lorsque le malade
peut déglutir correctement un aliment (c'est à dire sur un mode automatique),
alors que la déglutition à la demande (volontaire) est impossible ou difficile.
Une bonne façon de sensibiliser ce signe est de demander au patient de garder
l'aliment dans la bouche sans le déglutir puis d'enclencher la déglutition sur
commande.
• Une
hypertension artérielle, un diabète, une anémie ferriprive sont des causes
possibles de TD et doivent être systématiquement recherchés.
• L'existence
d'une atteinte des téguments ou des articulations, d'un syndrome sec, doit
faire évoquer une maladie de système.
• L'association
à des troubles de la déglutition haute de signes fonctionnels à type de
douleurs thoraciques ou épigastriques ou de reflux gastro-oesophagien patent
doit faire évoquer une maladie motrice de l'oesophage. C'est l'exploration
fonctionnelle qui permettra ici de poser le diagnostic. Le méga-œsophage ou
achalasie du sphincter inférieur de l’œsophage se manifeste par une dysphagie
souvent indolore et paradoxale au début puis qui devient douloureuse au cours
des repas après accumulation des aliments. Le reflux gastro-oesophagien est responsable d’une dysphagie
douloureuse, capricieuse associée à un pyrosis et à une symptomatologie de la
sphère ORL variable (dysphonie, algies pharyngées, obstruction nasale,
rhino-sinusites).
• Si tous ces diagnostics ne font pas leur
preuve, il faut faire une IRM cérébrale qui permettrait de détecter une tumeur du IVème ventricule ou une anomalie de la
charnière cranio-occipitale révélées par des TD. Mais au terme du bilan
étiologique neurologique le plus poussé, clinique et complémentaire, il reste
un certain nombre de patients dont les TD restent sans certitude étiologique,
notamment chez les sujets âgés. Un traitement symptomatique adapté doit être
mis en route et un suivi neurologique maintenu.
Elle explore les phases de la déglutition qui sont perturbées.
A. L'observation
de la prise alimentaire
C'est la plus simple des explorations fonctionnelles. Elle
permet de visualiser :
• les difficultés liées à la posture ou à la
motricité,
• la qualité du temps volontaire et en particulier
les troubles d'ouverture buccale, de continence labiale, de mastication, la
persistance de réflexes archaïques ou d'une déglutition primaire,
• le déclenchement du temps pharyngé : il est bien
marqué par la survenue de l'ascension laryngée ; celle-ci est objectivée en
mettant la main sur le bord supérieur du thyroïde, l'os hyoïde et la mandibule
et doit être franche et ample. Des petits mouvements verticaux répétés sont au
contraire présents lorsque cette initialisation ne se fait pas et aucune
bouchée supplémentaire ne doit alors être donnée.
• Les efforts répétés de déglutition d'une même
bouchée, traduisant la diminution des capacités propulsives du pharynx ou la
difficulté de franchissement de la bouche de l'œsophage.
B. La nasofibroscopie du carrefour au cours de la
déglutition d'un aliment.
On utilise un nasofibroscope, sans anesthésie locale ; on
donne au patient une crème et si possible d'autres consistances. L'observation
se fait en se plaçant dans le cavum puis au bord inférieur du voile. On
visualise ainsi :
• Les
fausses routes, vers le cavum et à travers le larynx. Celles-ci peuvent
survenir : 1) avant le déclenchement de la déglutition (fausses routes
primaires) lorsque une continence buccale postérieure déficiente entraine la
chute d'aliments dans le pharynx avant que la fermeture laryngée ne soit
survenue. 2) lors de la déglutition, lorsque les aliments descendent
directement dans le larynx, ce qui témoigne de troubles de la sensibilité 3)
secondairement, quand les aliments s'accumulant dans le pharynx débordent les
possibilités de protection laryngée (fausses routes secondaires).
• La
qualité de la propulsion pharyngée. Normalement, le déclenchement du temps
pharyngé s'accompagne d'un flash lié à l'ascension du larynx et à la
contraction de la cavité pharyngée ; au terme de celui-ci, le carrefour
redevient visible et il ne persiste aucun reliquat alimentaire car la clairance
pharyngée a été complète. Quand la propulsion est diminuée, le pharynx se
contracte mais reste "trop bien visible" pendant tout le cycle,
tandis que des reliquats alimentaires s'accumulent dans l'hypopharynx. En cas
d'apéristaltisme, les parois pharyngées restent inertes. En cas d'obstacle au
niveau de la bouche de l'oesophage, il y a également accumulation d'aliments
dans la partie basse de l’hypopharynx.
• La sensibilité
du carrefour : elle s'apprécie directement avec l'extrémité du
fibroscope placée sur la margelle et dans le larynx.
Au terme de ces examens, des renseignements importants sur
l'atteinte du déroulement de la déglutition ont été obtenus.
• Quand s'est manifestée une atteinte importante
et complexe, portant simultanément sur les temps buccal et pharyngé, par
exemple au décours de traumatismes crâniens graves ou d'accidents vasculaires
cérébraux, le choix de l'arrêt de l'alimentation orale doit souvent être fait
tout en poursuivant la rééducation selon des modalités variables.
• Quand l'examen ne fournit aucun élément anormal
objectif devant une symptomatologie haute souvent à type de blocages plus ou
moins nets et intermittents, un obstacle tumoral doit avoir été éliminé grâce à
la fibroscopie œsophagienne.
Les autres
explorations fonctionnelles sont poursuivies quand il existe des signes
d'atteinte isolée ou prédominante du temps pharyngé ou des signes d'appel
évocateurs d'une pathologie motrice de l'œsophage. C'est dans ces cas que la
manométrie et le radiocinéma sont essentiels, en particulier pour étudier la
fonction du SSO.
C. Manométrie :
Pour l'étude du pharynx et du SSO, la manométrie n’est pas
considérée par la plupart comme un examen très performant (musculature striée,
conformation anatomique peu favorable.).
Quand il existe un doute sur une pathologie motrice du corps de l’œsophage ou
du sphincter inférieur de l’œsophage, les techniques de manométrie reprenne
tout leur intérêt (techniques avec cathéters perfusés).
D. Radiocinéma :
Il donne une image qualitative très visuelle du processus de
déglutition entier. Il est particulièrement intéressant quand une indication de
traitement chirurgical du sphincter supérieur de l’œsophage est
envisagée ; il permet de visualiser un défaut d’ouverture du sphincter
supérieur de l’œsophage (SSO).
E. PHmétrie
Soit
post-prandiale de 3h mais méconnaît les reflux nocturnes soit sur 24 heures.
Elle étudie surtout le nombre et la durée des épisodes de reflux acides (pH inférieur
à 4)
Les troubles de la déglutition posent des problèmes de
gravité variable: dans les atteintes les plus sévères, ils mettent en jeu le
pronostic vital ; dans les cas moins sévères, ils n'entraînent pas de
conséquences vitales mais perturbent la qualité de vie. La diététique et la
rééducation constituent les méthodes non chirurgicales disponibles. La
chirurgie intervient soit de façon curative avec comme objectif d'améliorer le
processus de déglutition perturbé, soit de façon palliative pour réduire les
conséquences vitales de l'atteinte de ce processus.
A. Le
conseil diététique
Il permet au patient d'utiliser au mieux ses capacités
résiduelles pour garder une alimentation orale efficace. C'est d'abord une aide
à la sélection des aliments au sein d'une alimentation normale, en fonction de
leur texture, de leur agrément et de leur valeur nutritive, excluant certains,
améliorant la préparation d'autres grâce à des recettes adéquates. Aux étapes
suivantes, lors du passage à une texture moulinée puis lorsqu'une alimentation
non orale devient indispensable pour tout ou partie de l'apport calorique, un
soutien diététique est indispensable. Les suppléments industriels hypercaloriques
de texture variable sont très utiles.
B. La rééducation
L'intervention du rééducateur et de l'orthophoniste a pour
objectif de maintenir une autonomie et une alimentation orale le plus longtemps
possible. Trois critères guident son action:
• Le pronostic de récupération du patient. Les
possibilités offertes par la rééducation et le type de travail seront
différents dans une pathologie où l'aggravation est inéluctable (SLA, Syndrome
pseudobulbaire vasculaire) et dans une autre marquée par des bonnes possibilités
de récupération (traumatisme crânien, accident vasculaire du tronc cérébral par
exemple).
• Les observations physiopathologiques de la
maladie fournies par l'exploration fonctionnelle.
• L'état général du patient car l'anxiété, la
fatigue, l’encombrement pulmonaire ou la dépression peuvent majorer la
dysphagie.
C. Les techniques chirurgicales
1) La chirurgie palliative
Elle est dominée par la pratique des gastrostomies. L'arrêt de l'alimentation orale est toujours
sévèrement ressenti par des patients ; il devient nécessaire dès que l'apport
calorique est insuffisant par voie orale ou qu'il entraine des fausses routes
dangereuses. Les gastrostomies sont le plus souvent faites désormais de façon
per-endoscopique (GPE), ce qui améliore la tolérance psychologique de la gastrostomie.
Les trachéotomies.
Elles visent à protéger les voies aériennes tout en shuntant le larynx et en
assurant la ventilation, soit spontanément soit avec une assistance
ventilatoire. Indiquées dans des cas de troubles de la déglutition avec fausses
routes massives, elles imposent dans cette situation la mise en place de
canules à ballonnet visant à empêcher les chutes de salive et d'aliments dans
les voies aériennes. Elles ont plusieurs inconvénients : tout d'abord,
l'étanchéité obtenue n'est jamais absolue et les voies aériennes ne sont pas
totalement à l'abri ; le gonflage du ballonnet est générateur d'un traumatisme
trachéal source possible de sténose ; enfin, la trachéotomie gène le
fonctionnement normal du larynx (défaut d'ascension laryngé, ouverture réflexe
des cordes vocales) et constitue un facteur surajouté de perturbation de la
déglutition.
2) La
chirurgie fonctionnelle
La myotomie du
sphincter supérieur de l'œsophage. Elle est appelée communément dans la
littérature myotomie du crico-pharyngien. Elle consiste en la section de la
musculature striée de la jonction pharyngo-œsophagienne, constituée par le
muscle crico-pharyngien mais aussi les derniers centimètres du constricteur
inférieur du pharynx et accessoirement les premiers centimètres de l'œsophage
cervical. C'est en règle une myotomie extra-muqueuse, faite par voie cervicale.
La chirurgie des
diverticules de Zenker. Elle est faite soit par voie endoscopique (myotomie
transmuqueuse) soit par voie cervicale classique.
Les injections de graisse
autologue et les thyroplasties. Elles peuvent être proposées lorsqu' existe
une paralysie ou un défect anatomique, notamment laryngés, susceptible de
faciliter les fausses routes.
Points clés
La gravité des troubles de la déglutition se juge
sur la perte de poids et l'état pulmonaire
Devant une dysphagie, la première cause à évoquer
est le cancer : pharynx, larynx et œsophage, d’autant qu’il s’y associe une
otalgie réflexe.
Les troubles de la déglutition sont des troubles de
la déglutition des aliments, ce qui les distingue des globus, paresthésies
pharyngées et autres « boules dans la gorge ».
La plus simple, la moins coûteuse et la plus
performante des explorations fonctionnelles de la déglutition est l'observation
de la prise alimentaire.
Les maladies neurologiques à évoquer en premier lieu
devant des troubles de la déglutition ne faisant pas leur preuve sont : la SLA,
la myasthénie, les myopathies, les syndromes pseudo-bulbaires d'origine
vasculaire.
Chez un vieillard avec troubles de la déglutition
sans maladie neurologique manifeste et à fibroscopie œsophagienne normale,
penser à un diverticule de Zenker ou à une achalasie du sphincter supérieur de
l’œsophage (dite aussi du muscle cricopharyngien), accessible à une chirurgie
de myotomie [ne pas confondre avec myotonie].
La naso-fibroscopie de la déglutition est un examen
fonctionnel simple et validé, permettant la détection des fausses routes et
l'évaluation de la fonction pharyngée résiduelle. Elle permet aussi de détecter
un diverticule de Zenker (signe de la marée).
Les manométries ont un intérêt restreint dans les
atteintes du pharynx et du SSO mais sont contributives dans les atteintes
motrices du corps de l’œsophage et du sphincter intérieur de l’œsophage ; le
radiocinéma est l'exploration la plus utile du sphincter supérieur de
l’œsophage et pour l’indication d’une chirurgie à ce niveau.