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Une dysphonie
est un trouble de la voix parlée. La voix est un son produit
par les cordes
vocales sous l’influence de l’air
expiré. Lors de la phonation, les muscles qui
composent les cordes vocales (CV) se rapprochent l’un de
l’autre sous contrôle
moteur du nerf laryngé inférieur (nerf
récurrent), branche du nerf vague (X),
puis l’air contenu dans les poumons est expulsé
par la contraction des muscles
abdominaux. Cet air fait vibrer de façon passive la muqueuse
de recouvrement
des cordes. L’absence d’accolement des cordes est
responsable d’une fuite d’air
à ce niveau et ainsi d’une voix
soufflée même si la muqueuse est normale. De
même des anomalies de la muqueuse (lésion,
rigidité, cicatrice, inflammation)
entraînent une voix rauque en rapport avec les anomalies
vibratoires de la
muqueuse même si les mouvements des cordes sont normaux.
Une dysphonie
peut être secondaire à une lésion sur
les cordes vocales ou à une anomalie de
leurs mouvements. Toute dysphonie traînante depuis plus de 8
jours doit faire
l’objet d’un examen des cordes vocales par
laryngoscopie indirecte ou
fibroscopie laryngée. Le diagnostic est clinique,
confirmé par l ‘audition
de la voix du patient.
- Hypophonie
(voix faible) des insuffisances respiratoires avec baisse du
débit d’air
- Modifications
du timbre de la voix par atteinte des cavités de
résonance :
- Rhinolalie
fermée (obstruction nasale ou du cavum): rhinite,
Polypose naso-sinusienne, hypertrophie des
végétations adénoïdes, tumeur
du voile, du cavum.
- Rhinolalie
ouverte (incontinence du voile du palais) : fente
vélo-palatine, exérèse
vélaire excessive (chir ronflement), paralysie
vélaire.
- « Voix
pharyngée » : cancer de
l’oropharynx, phlegmons amygdaliens et pharyngés,
hypertrophie amygdalienne
- Dysarthrie
des troubles neurologiques de l’articulation de la parole
(SLA notamment)
- Terrain :
sexe, âge, profession (enseignants, professionnel de la voix,
comportement de forçage vocal), intoxication
alcoolo-tabagique.
- Antécédents :
traumatisme laryngé interne (intubation) ou externe, maladie
respiratoire, neurologique, endocrinienne, reflux gastro-oesophagien.
- Recherche
de signes associés tels dysphagie, dyspnée, toux,
otalgie réflexe, fausses routes alimentaires par inhalation.
- Examen
clinique : Le premier examen
à effectuer est une laryngoscopie indirecte au miroir
laryngé ou fibroscopie nasolaryngée. Toute
dysphonie durant plus de 8 jours doit bénéficier
d’un examen par laryngoscopie indirecte.
- Examen
ORL complet incluant une exploration des nerfs mixtes IX, X, XI, XII
par une étude de la motricité du voile de la
langue, une recherche du signe du rideau
- Examen
des aires ganglionnaires cervicales, palpation de la glande
thyroïde.
- Examens
complémentaires selon l’examen des cordes
vocales :
- en cas
de lésion suspecte dépistée par la
laryngoscopie indirecte : Laryngoscopie directe en suspension
au microscope sous AG pour biopsies ou
biopsie-exérèse
- Examens
fonctionnels en cas de lésion bénigne :
stroboscopie (appréciation de la vibration des cordes
vocales), bilan phoniatrique (enregistrement et analyse de la voix)
- Electromyographie
des cordes vocales en cas de difficulté diagnostique entre
paralysie laryngée et blocage mécanique des
cordes.
- Imagerie :
TDM ou IRM du larynx uniquement dans le cadre du bilan d’une
lésion. Ces examens n’ont en règle pas
d’intérêt diagnostique
Points clés
Clinique :
examen des cordes vocales au miroir ou par fibroscopie
naso-pharyngo-laryngée
devant toute dysphonie.
Paraclinique :
Laryngoscopie directe en
suspension au microscope sous AG avec biopsies en cas
d’anomalie lors de
l’examen clinique.
Etiologie :
toute dysphonie impose la recherche d’un cancer des cordes
vocales et, en
cas de paralysie, de cancer sur le trajet du nerf pneumogastrique ou du
nerf
récurrent.
Au terme de
l’examen clinique ORL et du larynx, il existe
une lésion sur les cordes vocales. Plusieurs situations
cliniques peuvent
être rencontrées:
A.
Laryngites
aiguës :
- Installation
brutale lors d’une rhinopharyngite banale ou d’un
froid ? (parfois associée à une
dyspnée chez enfant).
- A
l’examen les cordes sont rouges,
œdématiées, parfois recouvertes de
sécrétions purulentes ou muco-purulentes.
- (Traitement : repos vocal, arrêt tabac,
anti-inflammatoires par voie générale et locale
(aérosols) en privilégiant les corticoides,
Antibiothérapie si étiologie
bactérienne.)
B.
Laryngites
chroniques :
- installation
progressive d’une dysphonie souvent isolée (voix
rauque, grave)
- Le
contexte évoque une irritation chronique du larynx (tabac,
vapeurs toxiques, infections ORL
répétées, RGO, surmenage vocal).
- A
l’examen, on retrouve soit une laryngite chronique
hypertrophique rouge (érythroplasie), soit une laryngite
chronique hypertrophique blanche (leucoplasie) pouvant
présenter différents aspects : plaque de
leucoplasie, pachydermie blanche totale ou encore papillome
corné. Dans tous les cas, il s’agit de
lésions suspectes nécessitant une laryngoscopie
directe en suspension au microscope, sous AG pour
réaliser des biopsies et si possible une
exérèse complète de la
lésion.
- Attention :
en cas de biopsie simple avec un résultat rassurant comme
une dysplasie (lésion pré-cancéreuse)
la surveillance doit être très étroite
car le reste des lésions peut être en
réalité un carcinome (règle :
une biopsie n’a de valeur que positive). En cas
d’exérèse, la surveillance doit
également être étroite en raison du
risque de récidive des lésions dysplasiques et en
raison du risque de transformation maligne
- Parfois
le diagnostic histologique évoque une laryngite
« spécifique » comme
une tuberculose, une syphilis, une mycose ; Ces
lésions n’ont en général
aucune caractéristique sémiologique et le
diagnostic évoqué était celui
d’une lésion suspecte ou d’un cancer
C.
Cancer
du larynx :
- la suspicion de cancer doit être
constante devant une dysphonie surtout chez un homme
d’âge mûr alcoolo-tabagique. Une laryngoscopie
directe en suspension au microscope, sous AG pour
réaliser des biopsies doit être
proposée au moindre doute lors de l’examen
clinique. Parmi les situations suspectes, il faut citer le cas des
patients non examinables du fait de leur réflexe
nauséeux même si le cas est plus rare depuis la
généralisation des fibroscopies
naso-pharyngo-laryngées
D.
Lésions
bénignes :
- Lors
de l’examen des cordes vocales au miroir ou en fibroscopie
naso-pharyngo-laryngée, il est possible
d’identifier certaines lésions bénignes
caractéristiques qu’il est possible de traiter
sans nécessiter une laryngoscopie en suspension avec
biopsie. Cependant la plus grande vigilance doit être la
règle et au moindre doute lors de l’examen initial
ou lors de l’évolution, une laryngoscopie en
suspension avec biopsie-exérèse doit
être proposée.
1)
Les
nodules des cordes vocales
Il s’agit de
lésions blanchâtres symétriques, en
regard l’une de l’autre, situées au
niveau
du tiers moyen des cordes. Ils surviennent surtout chez les jeunes
garçons qui
crient beaucoup et chez les femmes qui forcent leur voix (enseignantes).
(Le
traitement est le
plus souvent une rééducation orthophonique qui
peut faire disparaître les
lésions. En cas de persistance malgré une
rééducation bien conduite, on pourra
être amené à proposer une laryngoscopie
en suspension pour réaliser une micro-phono-chirurgie
dont le but est d’améliorer la voix ; les
nodules enlevés doivent faire
l’objet d’une analyse histologique).
2)
Les
polypes et les oedèmes de Reinke
Il s’agit de
lésions plus inflammatoires uni ou bilatérales
siégeant au niveau des deux
tiers antérieurs des cordes vocales, liées
à la conjonction du forçage vocal et
souvent du tabac. Il s’agit, du fait du terrain, de
lésions plus suspectes et
une laryngoscopie directe est souvent proposée :
elle permet à la fois le
traitement microchirurgical et la certitude histologique
3)
Les
granulomes
Il s’agit de
lésions inflammatoires siégeant au niveau du
tiers postérieur des cordes
vocales (apophyses vocales des aryténoides). Elles
surviennent souvent après
une intubation prolongée ou dans le cadre d’un
RGO, et l’aspect fibroscopique
rassurant explique que le traitement chirurgical est rarement
proposé d’emblée
sauf dans le cas de lésion particulièrement
suspecte.
On propose le
plus souvent un traitement d’épreuve avec des
anti-inflammatoires après une
intubation ou un traitement adapté en cas de RGO. Le
traitement
microchirurgical n’est proposé qu’en cas
d’échec. Il s’agit le plus souvent
d’un traitement au laser mais les récidives sont
extrêmement fréquentes.
4)
La
papillomatose laryngée
Il s’agit de
lésions virales muriformes papillomateuses
caractéristiques étendues non
seulement aux cordes vocales mais aussi parfois à la
trachée, dues à
papillomavirus. Le risque de
dégénérescence maligne est rare mais
les lésions
peuvent finir par être dyspnéisantes et un
traitement microchirurgical (avec ou
sans laser CO2) doit être proposé, surtout en cas
de forme extensive. Le
problème le plus fréquent est celui de la
récidive des lésions.
Elle se
présente comme une immobilité d’une
corde vocale qui
est le plus souvent une paralysie. Cependant certaines
immobilités laryngées
sont dues rarement à un blocage de l’articulation
crico-aryténoïdienne. Le
diagnostic est porté sur les circonstances cliniques, sur
l’examen et au
moindre doute sur la laryngoscopie en suspension. Dans certains cas,
l’EMG du
larynx peut être utile. Parmi les causes de blocage de
l’articulation
crico-aryténoïdienne, on peut citer :
- blocage
de l’espace paraglottique par un cancer laryngé ou
du sinus piriforme
- ankylose
crico-aryténoïdienne après intubation
notamment
- fibrose
post-radique
- polyarthrite
rhumatoïde
A.
Diagnostic
positif
Une des cordes
vocales reste immobile lors de l’examen au miroir ou en
fibroscopie. La
symptomatologie dépend de la position de la corde
paralysée. En cas de
paralysie en position latérale, la sémiologie est
plus bruyante avec une
dysphonie importante et des fausses routes à la
déglutition surtout des
liquides. En cas de paralysie en position médiane, la
sémiologie est plus
discrète sans fausse route.
La voix est
typiquement soufflée ou bitonale (impression acoustique que
chaque corde vocale
produit une voix différente.
Le diagnostic
de paralysie laryngée ne nécessite pas de
laryngoscopie en suspension.
B.
Diagnostic
étiologique
Dans
certains cas, il existe des circonstances évocatrices qui
orientent le
diagnostic : chirurgie ou plaie sur le trajet du X ou du nerf
laryngé
inférieur (nerf récurrent) depuis le tronc
cérébral jusqu’au larynx. Citer en
particulier : chirurgie thyroïdienne,
carotidienne, pulmonaire (lobe
sup droit, poumon gauche) du rachis cervical, du médiastin
Dans les
autres cas, la recherche de la cause de la paralysie
laryngée est primordiale
tout au long du trajet du nerf X ou du récurrent, depuis le
tronc cérébral
jusqu’à la pénétration
laryngée (se souvenir que, du côté
gauche, le nerf
laryngé inférieur nait dans le thorax sous la
crosse de l’aorte alors que du
côté droit il nait sous
l’artère sous-clavière).
C.
Examen
clinique
La position de la corde n’a aucune
valeur localisatrice du siège de la lésion
nerveuse.
Les signes
associés peuvent avoir une valeur localisatrice (si signe du
rideau et/ou
paralysie de l’hémivoile :
lésion haute du X, si atteinte autres nerfs
crâniens IX, XI, XII : lésion haute, idem
si signes neurologiques)
L’examen ORL
et cervical recherche notamment un goitre thyroïdien
D.
Examens
paracliniques
En l’absence
de circonstances évocatrices,
proposer
un bilan TDM depuis la base du crâne jusqu’au
thorax, et éventuellement une
échographie cervicale pour l’exploration de la
glande thyroïde. L’IRM explorera
aux mieux la portion intracrânienne du X demandée
seulement si la clinique est
évocatrice. La laryngoscopie n’est pas
systématique.
E.
Principales
étiologies des paralysies
unilatérales
- Cancer
thyroïdien, oesophagien, pulmonaire, médiastinal,
tumeur ou adénopathie rétro-stylienne
(à distinguer de l’envahissement de
l’espace paraglottique d’un cancer
laryngé avec immobilité glottique)
- Chirurgie
à proximité du nerf vague (neurochirurgie du TC
ou de l’angle ponto-cérébelleux ou du
trou déchiré postérieur ;
chirurgie cervicale, carotidienne, du rachis) ou de ses branches
récurrentielles (chirurgie thyroïdienne,
trachéale, oesophagienne, chirurgie pulmonaire ou
médiastinale, chirurgie cardiaque, chirurgie du canal
artériel chez l’enfant.)
- Causes
cardiaques : maladie mitrale, coarctation aortique
- Causes
neurologiques : AVC du tronc, SEP,
Syringomyélie, encéphalite, méningite,
poliomyélite, Guillain Barre, Arnold Chiari, neuropathies
diabétiques, inflammatoires, toxiques
- Paralysies
idiopathiques (20% des cas) : diagnostic
d’élimination.
(Pour en savoir
plus : le traitement (hors
programme)
Il
a pour but
d ‘améliorer
la voix, diminuer les fausses routes, rendre la toux plus efficace
(causes
thoraciques).
Son
principe :
médialisation de la CV paralysée, soit par
injection intracordale de silicone ou de graisse soit par mise en place
d’un
implant de silicone ou de céramique,
rééducation orthophonique.)
A.
Diagnostic
positif
En cas de
paralysie en position fermée ou paramédiane, le
patient présente surtout une
dyspnée avec une voix quasi-normale ou une dysphonie qui est
au second plan.
Cette entité est traitée dans le chapitre
dyspnée laryngée.
En cas de
paralysie en position ouverte, la dysphonie est importante en raison de
l’absence de contact entre les cordes (voix
soufflée) et peuvent exister des
fausses routes à la déglutition (surtout pour les
liquides).
B.
Diagnostic
différentiel
Parmi les
causes d’immobilité laryngée
bilatérale, on peut citer :
- blocage
de l’espace paraglottique par un cancer laryngé ou
du sinus piriforme
- ankylose
crico-aryténoïdienne après intubation
notamment
- fibrose
post-radique
- polyarthrite
rhumatoïde
C.
Diagnostic
étiologique
Dans
certains cas, il existe des circonstances évocatrices qui
orientent le
diagnostic : chirurgie atteignant simultanément les
deux voies nerveuses
droite et gauche (chirurgie thyroïdienne et
neurochirurgicale du tronc
cérébral
D.
Examen
clinique
La position des cordes n’a aucune
valeur localisatrice du siège des lésions
nerveuses.
Les signes
associés peuvent avoir une valeur localisatrice (si signe du
rideau et/ou
paralysie de l’hémivoile :
lésion haute du nerf X, si atteinte autres
nerfs crâniens IX, XI, XII : lésion
haute, idem si signes neurologiques)
L’examen ORL
et cervical recherche notamment un goitre thyroïdien, une
pathologie
bronchopulmonaire ou médiastinale haute.
E.
Examens
paracliniques
En l’absence
de circonstances évocatrices,
proposer
un bilan TDM injecté depuis la base du crâne
jusqu’au thorax, et éventuellement
une échographie cervicale pour l’exploration de la
glande thyroïde. L’IRM
explorera aux mieux la portion intracrânienne du X et le
tronc cérébral
demandée seulement si la clinique est évocatrice.
La laryngoscopie n’est pas
systématique.
F.
Principales
étiologies des paralysies
bilatérales
- Chirurgie
basicervicale et du tronc cérébral
- Cancer
thyroïdien, oesophagien, pulmonaire (à distinguer
de l’envahissement de l’espace paraglottique
d’un cancer laryngé avec immobilité
glottique)
- Causes
neurologiques : AVC ou tumeur du tronc, SEP, SLA,
Syringomyélie, encéphalite, méningite,
poliomyélite, Guillain Barre, Arnold Chiari, neuropathies
diabétiques, inflammatoires, toxiques
- Paralysies
idiopathiques (exceptionnellement
bilatérale) : diagnostic
d’élimination.
Attention à certains kystes
intra-cordaux seulement décelables par stroboscopie. Les
causes sont
variées :
- Troubles
endocriniens (les plus classiques) :
Hypothyroïdie, hyperandrogénisme.
- Dysphonie
par surmenage vocal (les plus fréquentes) : Il
s’agit de patients qui forcent de façon chronique
ou aigue sur leur voix. En fonction des circonstances ces patients sont
à prendre en charge soit comme des inflammations aigues soit
comme des patients présentant des nodules des cordes vocales
(état pré-nodulaire)
- Dysphonie
d’origine psychique : Il s’agit le plus
souvent de femmes présentant une aphonie totale
s’apparentant à une hystérie de
conversion. Le début est typiquement brutal,
l’évolution est capricieuse.
- Dysphonie
spasmodique : La voix est serrée,
étranglée, de façon parfois
très invalidante. A l’examen, on observe
l’hyperactivité des CV en phonation alors que les
autres mouvements du larynx et notamment la déglutition ne
sont pas touchés
- Dysphonie
myasthénique : La dysphonie est intermittente
associée avec épisodes de ptosis et quelques
troubles de la déglutition. Il s’agit
d’un diagnostic exceptionnel en milieu
spécialisé
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